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Fenêtres des urgences

dimanche 17 Juin 2018, par Anne Savelli

Une baie vitrée dans le dos, au fond du box, translucide peut-être, sur laquelle frappent la grêle et la pluie. Le bas du mur est démoli, donne sur du dehors, laisse passer l’air. Box jaune pâle, néons, porte qui ouvre sur une salle d’attente dans laquelle les gens sont nombreux et bruyants. Mercredi, urgences de l’Hôtel-Dieu.
 
Un vasistas longiligne, rectangulaire, entrouvert sur un ciel gris. Un box, une fois de plus, dans lequel on éteint parfois la lumière (là encore, des néons). Deux panneaux sur le tri des déchets hospitaliers, un panneau sur le droit des usagers, deux poubelles, sac jaune, sac noir, pour trier. Un drap jaune et propre, plié, oublié, sur le côté. Le vasistas empêche de faire le noir, envoie la lumière du jour dans les yeux. Petite ouverture carrée à travers la porte, aux trois quarts translucide. Dimanche, urgences de Lariboisière.
 
Une série de carreaux au plafond, certains transparents, d’autres couverts de buée, sans que l’on puisse comprendre selon quelle logique ils alternent. Salle d’attente coupée par un paravent : d’un côté ceux qui peuvent s’asseoir, de l’autre ceux qu’on allonge sur les brancards et qu’on case sur les côtés. Carreaux cachés par un foulard fermant les yeux. Quand le foulard glisse on voit passer des infirmières, des internes, des "accompagnants" (Un accompagnant par patient) qui souvent téléphonent. Chaussures crocs en plastique rose, chaussons en tissu bleu, chaussures classiques, baskets ou bottes. Dimanche, urgences de Lariboisière.
 
Fenêtres des urgences qu’on fixe, des heures. Les heures passent.
 
Fenêtre de l’ambulance. Fenêtre du taxi. Allongé sur la banquette on tente comme pendant l’enfance de reconstituer le paysage. Mais non.
 
Puis le noir. Un jour, deux jours, presque une semaine. Pas de ciel pas de terre pas de lumière pas de chaise pas de banc pas de mur une seule dimension.
 
Et tout a commencé par, au centre de la vision : les visages déformés des passants, les lignes écrites qui se brouillent. Monde brutal, cubique et pixellisé.

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