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Volte-face - bienvenue

jeudi 15 Novembre 2018, par Anne Savelli

Voici le tout début de mon roman "autour" de Marilyn Monroe et de la photographie. Ci-dessus, photo de Bert Stern, 1962

*

Pas un arbre, pas un abri. Surchauffe exponentielle du trottoir très ensoleillé. Attendre là serait folie. La façade du bâtiment - un ancien théâtre ou musée, on ne sait plus - réfléchit la lumière sur l’ensemble de la surface. Immense, hissée haut, l’affiche montre une femme en robe grise, cheveux blancs et gants noirs en train de se retourner. Devant elle, l’appareil photo qu’elle brandit masque son visage. Qui vise-t-elle ? Le photographe qui la regarde, bien sûr, mais nous aussi par la même occasion. C’est en tout cas l’impression que donnent l’affiche et le titre de l’exposition : Volte-face, Marilyn Monroe comme vous ne l’avez jamais vue tandis que par la porte entrouverte du musée (du théâtre ?), un guide invisible s’adresse aux visiteurs. On entend quelques bribes.
S’il faut être sur une liste pour entrer ? (...) pas de privilège, pas d’invitation (...) contrairement à ce qu’affirme la rumeur (…) un tirage au sort (…) les règles de l’art (…) vous avez été choisis (…) élus (…) nos ambassadeurs (...) enfin peut-être (…) vous savez ce qu’on dit (...) prêts ? (…) veuillez m’écouter (…) J’attire votre attention sur un point essentiel : passé le seuil, vous ne pourrez plus faire demi-tour. Moi non plus, d’ailleurs. Nous devrons aller jusqu’au bout. Oui, ensemble, bien sûr (…) expérience unique (…) vous le savez (…) Parfait. Dès que vous aurez signé la décharge, la visite pourra commencer.
Par la porte entrouverte des bruits de pas, des murmures. Le hall et sa pénombre contrastent avec l’étendue éblouissante du trottoir, de la façade et même de l’affiche. Par moments, la réverbération du soleil peut donner l’illusion d’un flash produit par l’appareil tenu par la femme aux gants noirs. C’est troublant. Ridicule aussi, en un sens. Est-ce voulu ? Est-ce qu’on aurait utilisé de la peinture réfléchissante sur le bâtiment, sur l’affiche, pour produire cet effet ? Si oui, pour quelle raison ? Nous attirer, nous repousser, les deux ?
Quelqu’un traverse la rue, approche de l’entrée. C’est peut-être cette personne qui se pose ces questions. La même qui se demande, plantée devant la géante aux gants noirs : Tu crois vraiment que je dois entrer ? Que ça peut m’apprendre quelque chose ? Sur toi, sur moi, sur ta vie, sur la mienne ?
Bienvenue, intime le guide.

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