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		<title>Stambul / Sultanamet</title>
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		<dc:creator>Anne Savelli</dc:creator>


		<dc:subject>ville</dc:subject>
		<dc:subject>Istanbul</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Notes prises dans les ann&#233;es 90.&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Des mosqu&#233;es grises ? Ah bon ? Elles ne sont pas roses, bleues, dor&#233;es ? Et ces minarets ? Maigres comme &#231;a, vraiment ? Effil&#233;s, allong&#233;s comme des chemin&#233;es d'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Des terrasses. Des femmes en terrasse qui pendent et d&#233;pendent le linge, discutent, se penchent, &#233;coutent la rue, observent, ne se laissent que peu observer. Le soir, s'il n'y a pas d'&#233;lectricit&#233; dans l'immeuble, le p&#232;re, la m&#232;re, l'enfant viennent d&#238;ner sur la terrasse, l'enfant fait du tricycle jusqu'&#224; tard, tr&#232;s tard, les parents se parlent peut-&#234;tre. Que font les autres locataires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans le quartier de Laleli, chaussures, bouteilles, objets en s&#233;rie derri&#232;re les grandes vitres &#224; l'&#233;tage des magasins : une &#233;picerie g&#233;ante. Dehors les autobus et les tramways foncent, les taxis pilent, le trottoir se d&#233;hanche. Nous ne sommes pas loin du quartier russe, on le saura plus tard. Abord&#233;s &#224; la descente du bus, on veut nous vendre des h&#244;tels, du luxe, quoi d'autre ? Nos sacs &#224; dos nous collent. On se perd, pas longtemps, un homme tout de suite nous renseigne, comme &#231;a, pour rien. Direction Sultanamet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On ne dit plus Stambul, on dit Sultanamet. Une voix masculine brouill&#233;e par la chaleur, le bruit, l'usure de la bande magn&#233;tique, nous le confirme dans le tramway. Il faut descendre. Tout de suite, devant nous, Sainte-Sophie ou la mosqu&#233;e bleue, on ne sait pas encore. Apr&#232;s l'avion, l'escale, le bus, c'est plut&#244;t le jardin qu'on regarde d'un oeil tendre, les bancs que les touristes ont l'air de n&#233;gliger. Des familles turques se reposent sur les pelouses, en bordure des massifs plut&#244;t, peut-&#234;tre &#224; cause de ces fourmis piquantes avec qui nous feront un jour connaissance. Partout, des sacs de pl&#226;tre, des gravillons, des travaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sultanamet. Quartier des h&#244;tels &#224; touristes, m&#234;me pas chers. On se sent parqu&#233;s au d&#233;but, on d&#233;couvre Bay&#246;glu, qu'on pr&#233;f&#232;re mais dans lequel les &#233;trangers ne r&#233;sident plus ; g&#233;ographie contraire au si&#232;cle dernier. Quelques maisons de bois restaur&#233;es, peintes avec une &#233;nergie qui &#233;tonne dans cette ville ou, souvent, les fa&#231;ades gardent leur manteau de ciment. Si l'on contourne, juste derri&#232;re, on trouve d'autres maisons de bois, estropi&#233;es, ligot&#233;es par les fils &#233;lectriques. Personne. Du bruit ? M&#234;me pas. Une mosqu&#233;e tellement discr&#232;te qu'on ne la retrouvera plus s'ouvre sur un jardin fruit&#233;, l&#233;ger, laiss&#233; en suspens, o&#249; les chats dressent &#224; peine l'oreille, o&#249; l'on pourrait prendre le th&#233;... toute la vie... oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le pont de Galata. Une femme en fichu tend ses cannes &#224; p&#234;che. Sous un soleil &#224; pic, un vendeur attend le client, son p&#232;se-personne devant lui. Payer pour se peser ? Devant les passants, au milieu de la chauss&#233;e ? Deux heures plus tard, l'homme a chang&#233; de c&#244;t&#233;. Pas d'ombre sur ce pont mais du monde, du monde. A Sultanamet, de petits enfants aussi s'installent avec leur balance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les rues &#224; pic de Galata, autour de la tour. Sur les marches creus&#233;es des trottoirs, ce qui se vend dans les boutiques : transistors, mat&#233;riel &#233;lectrique, pots de peinture, outils de bricolage. Tout au long d'une venelle, en descente, surgissent les nuques et les visages des artisans qui travaillent, une cave pour atelier. Fer, laiton, acier. Ils soudent sans lunettes. Est-ce que cette lumi&#232;re bleue a vraiment exist&#233; ? Au retour : plus grand chose, ils ont ferm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Bay&#246;glu. On pourrait descendre tout droit jusqu'au Bosphore mais il y a les passages et dans les passages, des marchands d'&#233;pices, de fruits, de poisson s&#233;ch&#233;, de verres &#224; th&#233;. Les pots de miel lumineux, les pommes rang&#233;es par couleur, les concombres qui chancellent et les bananes pendues attendent un regard qui, pris de vitesse, les confond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Alors, rentrer dans les mosqu&#233;es ? Si l'endroit est ouvert au tourisme, les hommes en short se voilent les jambes, les femmes restent en cheveux. Marcher pieds nus sur les tapis rouge sombre, en silence, sous les mosa&#239;ques et les lustres aux ventouses de verre ; h&#233;siter, entre les brins du tapis de pri&#232;re, sur cette sensation que les orteils refusent de reconna&#238;tre, d&#233;concert&#233;s d'&#234;tre si bien trait&#233;s : penser &#224; la soie, au velours, &#224; quelle liss&#233; ind&#233;finissable ? Marcher pieds nus dans le silence, ne pas r&#233;ussir &#224; prolonger l'instant, lever la t&#234;te vers l'envers des coupoles pour se donner une contenance, laisser les autres sortir&#8230; Non, retrouver ses chaussures, ne plus pouvoir recommencer. Ce n'est pas le bruit seul qu'on &#233;touffe mais la pesanteur. Penser au sol de marbre carrel&#233; blanc et noir des &#233;glises, aux regards, si l&#224;-bas on osait... Dans la cour, le ciel, des babouches et la fontaine des ablutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le jardin des sultans, au palais de Topkapi. Dommage qu'il faille filer, talonn&#233;s par les groupes de touristes et leurs guides porte-parapluie. Le tr&#233;sor, les cuisines, les salles des mille et une nuits : certes. Mais le jardin... Des massifs roses, des rosiers blancs, des fontaines, des bancs entre les arbres, des pelouses peintes, des terrasses o&#249; le Bosphore en contrebas s'&#233;tire et se prend pour la mer. On y voit de grandes carri&#232;res de rouille, des rails longeant la rive. On y entend l'anglais, l'italien. On s'en va.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Bay&#246;glu. Sur la pancarte jaune, Diyalog, Elektrik Elektronik, ailleurs Fotokopi, Telefon ou Faks, magasins de Filateli et Cuaf&#246;r. On rigole, on s'&#233;tonne, comme tous les francophones avant nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Traverser la rue au pied de Galata. Un jeune homme tente le coup, avale par bouff&#233;es le nuage toxique, manque de perdre une fesse, s'en fout, fait une pause, attend le bus qui se pr&#233;cipite talonn&#233; par trois autres qui ne ralentissent pas, tombe pour finir sur une vieille connaissance, le trottoir d'en face. Les freins n'ont pas hurl&#233; et pour cause : qui freinerait ici ? Comment ? Pour quels pi&#233;tons ? Tout le monde fait un d&#233;tour et prend le souterrain. Nous, on suit le type, quelle id&#233;e !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le souterrain d'Emin&#246;nu. Le royaume des cassettes, des rasoirs, des sonneries de r&#233;veil qui couinent un la malade, comme partout, et des arbal&#232;tes en plastique qui vous promettent des abdos sculpt&#233;s dans l'airain. Le vendeur est un maigrichon, l'acheteur une baraque. Un chanteur moustachu appara&#238;t dans chaque boutique, c'est l'effet qu'il donne en tout cas, on ne r&#233;ussit pas &#224; conna&#238;tre son nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Un vendredi &#224; Emin&#246;nu, vers cinq ou six heures du soir. Soudain un fant&#244;me appara&#238;t, un fant&#244;me noir dont les voiles plient au vent mais &#224; peine, dress&#233; comme une proue de navire sur les marches de la mosqu&#233;e. Un sommet de verticalit&#233; biff&#233; d'un trait vif par le tissu fendu, par les yeux qui regardent droit devant. La main du fant&#244;me retient un landau sans bercer, sans bouger. Juste apr&#232;s, la foule recommence &#224; aller, venir, entrer et sortir du bazar &#233;gyptien, les vendeurs de pain ressurgissent. Et m&#234;me, deux fant&#244;mes noirs suppl&#233;mentaires passent en riant. Le vent d&#233;couvre deux robes satin&#233;es, rose fuschia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les bouquinistes seraient une sp&#233;cialit&#233; parisienne ? A Ortakoy, dans la banlieue d'Istanbul, les bouquinistes ouvrent leurs &#233;choppes vers midi &#224; c&#244;t&#233; de la gare maritime, devant la fontaine. Livres neufs, livres d'occasion, en turc, en anglais, en fran&#231;ais, le m&#234;me Agatha Christie que chez Gibert et beaucoup de Orhan Pamuk. Vers Taxim, en haut de Bay&#246;lu cette fois, trouv&#233; une librairie dont le propri&#233;taire est un chat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; A Istanbul, miracle des miracles, il n'y a pas de crottes de chien. Normal : il n'y a pas de chiens. Devant les portails, les grillages, entre deux arbres, sur les marches d'un perron, on trouve une flopp&#233;e de chatons d'une semaine, d'un mois au plus, que les passants surveillent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Au dessus de nous, dans la Corne d'Or, les mouettes s'esclaffent et engueulent les humains. Elles guettent les cadavres rejet&#233;s &#224; l'eau par les marchands de poissons et rient vraiment, du rire gras des buveurs repus. Mieux vaut garder pour soi sa susceptibilit&#233; et oublier les comparaisons, les souvenirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Rouli dans le port, bruit du ressac sur le bord moussu, des accents se m&#234;lent, une l&#233;g&#232;re torpeur qui accro&#238;t et distend la perception : quand part-on pour la c&#244;te asiatique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les Turcs portent. Que portent les Turcs ? Pas de tapis mais des ballots, des cageots de melons, des services &#224; th&#233;, des c&#226;bles &#233;lectriques, des bonbonnes de gaz, des magazines par piles enti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Un dimanche &#224; Sultanamet. Les rues sont d&#233;sertes, on n'entend presque aucun bruit d&#232;s qu'on quitte les abords du parc. Le long des maisons de bois, les habitants s'occupent de leur tapis, le suspendent &#224; la fen&#234;tre, le frottent &#224; la brosse &#224; m&#234;me le trottoir. Trois femmes accroupies sur un tapis bleu font &#233;cumer un savon cr&#232;me qui nourrit la chauss&#233;e. On bifurque, on cherche le fleuve. Entre les petits tas d'ordures d'une fin de march&#233;, deux hommes ont tendu une b&#226;che pour vendre leurs past&#232;ques. La b&#226;che est bleue, elle aussi, elle fait sol et plafond comme une tente familiale et bleuit les past&#232;ques et la peau des vendeurs. Eux, impassibles, surnaturels comme leurs fruits, regardent la t&#233;l&#233; allong&#233;s par terre. On les voit de profil, parall&#232;les au trottoir. Entre l'&#233;cran et leur visage, qui refl&#232;te qui ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
(texte &#233;crit lors d'un voyage dans les ann&#233;es 90)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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