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		<title>Fen&#234;tres Open Space</title>
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		<title>Rimbaud,Rimbaud, Picasso : le cr&#233;ateur est-il un travailleur comme un autre ? </title>
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		<dc:creator>Anne Savelli</dc:creator>


		<dc:subject>biographie</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;crire</dc:subject>
		<dc:subject>Thierry Beinstingel</dc:subject>
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		<dc:subject>Pablo Picasso</dc:subject>
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		<dc:subject>po&#233;sie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Interview de Thierry Beinstingel &#224; propos de son livre &#034;1937 Paris Guernica&#034;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_178 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://annesavelli.fr/IMG/jpg/rimbaud_picasso_beinstingel_bookwitty.jpg?1532351066' width='500' height='400' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Picasso, Rimbaud : faire d&#233;couvrir l'homme autrement qu'en en faisant, &#233;ternellement, un mythe, est-ce possible ? Comment la fiction peut-elle s'emparer de ces figures qui semblent appartenir &#224; tout le monde et &#224; propos desquels tout semble avoir &#233;t&#233; dit ? Thierry Beinstingel, qu'on conna&#238;t surtout pour ses romans dans lesquels les personnages principaux, ouvriers ou cadres, se d&#233;battent avec ce que le monde du travail leur impose, r&#233;pond d'une fa&#231;on bien particuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans&lt;i&gt; 1937 Paris-Guernica&lt;/i&gt;, ce qu'il nous raconte de Picasso peignant Guernica, c'est d'abord et avant tout la fa&#231;on dont l'&#339;uvre surgit physiquement, corporellement : la main, l'esprit du peintre, tout participe. Dans Vie augment&#233;e d'Arthur Rimbaud, paru l'an dernier, il prolonge carr&#233;ment l'existence du po&#232;te qui, survivant &#224; son pass&#233; litt&#233;raire comme &#224; sa vie de voyageur, finit par diriger sous un faux nom une carri&#232;re de marbre apr&#232;s avoir &#233;t&#233; l'assistant d'un horloger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un cas, l'artiste est confront&#233; &#224; son &#339;uvre dans toute sa mat&#233;rialit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;Il s'agite. Imperceptiblement parfois : il faut le conna&#238;tre pour deviner cette ardeur qui peut prendre l'apparence d'une immobilit&#233; accroupie de plusieurs minutes dans un coin. Puis, il traverse d'un bout &#224; l'autre la pi&#232;ce avec empressement et toujours cette &#233;tonnante souplesse. Il a les gestes d'un jardinier, il d&#233;place des pots, semble planter un d&#233;tail insignifiant dans un massif imaginaire, puis reprend ses d&#233;placements r&#233;fl&#233;chis. Il se h&#226;te, saisit l'escabeau et trace une ligne jusqu'au plafond. Les poutres continuent &#224; rouler leurs vagues noires, on s'attend &#224; la temp&#234;te&lt;/i&gt; &#187;. (&lt;i&gt;1937 Paris-Guernica&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'autre, il devient un personnage de pure fiction, un homme appel&#233; Nicolas Cabanis qui assiste dans l'ombre &#224; la naissance de sa propre l&#233;gende sans vouloir &#224; aucun moment r&#233;v&#233;ler la supercherie, savourer cette gloire nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit, le personnage du g&#233;nie, tout entier absorb&#233; par son &#339;uvre ou au contraire plac&#233; &#224; grande distance de celle-ci, peut ainsi se d&#233;tacher des clich&#233;s habituels &#8211; des images de mugs, comme le dit Thierry Beinstingel dans l'entretien qui suit. Est-ce qu'il en devient, pour autant, un homme comme un autre ? Un simple travailleur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M&#234;me si le th&#232;me du travail est sans doute celui qui vient d'abord en t&#234;te quand on pense &#224; votre &#339;uvre, au fil des ann&#233;es Arthur Rimbaud y est de plus en plus pr&#233;sent. Avant d'en parler, &#233;voquons un instant une autre figure mythique, sur laquelle vous avez &#233;crit il y a dix ans, celle de Pablo Picasso. Comment vous est venue l'id&#233;e de 1937 Paris-Guernica ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une fa&#231;on bizarre. Mon cousin, amateur de brocante, avait r&#233;cup&#233;r&#233; un catalogue de l'Exposition des arts et des techniques appliqu&#233;s &#224; la vie moderne de 1937, avec des photos coloris&#233;es, apparemment pour la premi&#232;re fois avec une technique nouvelle - les planches qui sont reproduites dans le livre viennent du catalogue. C'&#233;tait vraiment le d&#233;but de la photo couleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce catalogue, on ne voit pas Guernica que Picasso avait peint pour l'accrocher dans le pavillon de l'Espagne &#224; cette occasion. En m&#234;me temps, lui qui &#233;tait plut&#244;t un peintre coloriste reprend le monochrome pour d&#233;noncer la barbarie de la guerre civile. C'est cette dualit&#233; entre couleur/monochrome, modernit&#233;/barbarie que je voulais explorer. Ce n'&#233;tait donc pas au d&#233;part un livre sur Picasso, que j'aurais &#233;crit parce que je suis admirateur de son &#339;uvre, m&#234;me si je le suis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'autre artiste du roman est Dora Maar, muse du peintre mais surtout photographe, venue immortaliser dans l'atelier le processus de cr&#233;ation, mais on ne le comprend que si on conna&#238;t l'histoire de la toile. Ils ne sont d&#233;sign&#233;s que sous les pronoms &#171; il &#187; et &#171; elle &#187;. Pourquoi avoir choisi de ne les nommer ni l'un ni l'autre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils n'en ont pas besoin ! Tout le monde les conna&#238;t. Lorsque j'&#233;crivais le livre, il y a eu une grande exposition sur Dora Maar. C'est ainsi que j'ai appris le r&#244;le de t&#233;moin qu'elle avait eu &#224; cette &#233;poque, et notamment son r&#244;le de photographe. Il ne faut pas oublier que pour moi, le personnage principal est celui qu'on a charg&#233; de prendre les photos du catalogue, un photographe anonyme, de la m&#234;me mani&#232;re que les Doisneau, Depardon, Cartier Bresson, Willy Ronis l'&#233;taient alors. Cette tension entre photographie et peinture, avec ce que les termes appellent de r&#233;alit&#233; et de fiction, tensions qui nous parlent lorsqu'il est question du roman, je la voulais aussi dans le livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment vous y &#234;tes-vous pris, dans les chapitres o&#249; nous les retrouvons dans l'atelier, pour les montrer au travail, l'un et l'autre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai travaill&#233; avec des clich&#233;s d'&#233;poque, pris par Dora ou non, qui montrent l'atelier des Grands Augustins, en essayant d'&#234;tre le plus pr&#233;cis possible : je me souviens avoir enqu&#234;t&#233; pour savoir si le chauffage central que j'avais vu sur une photo &#233;tait ant&#233;rieur ou non &#224; Guernica, par exemple. Apr&#232;s, c'est une question d'imagination, en s'appuyant sur les r&#233;actions possibles de ces deux &#234;tres libres qu'&#233;taient Dora Maar et Pablo Picasso. Il y a &#233;galement les questions qu'on se pose : la toile &#233;tait tr&#232;s grande, je me suis demand&#233; comment ils avaient fait pour la transporter jusqu'au pavillon d'Espagne. J'ai invent&#233; car je n'ai rien retrouv&#233; dessus et pourtant, Picasso, comme Rimbaud, a sa vie pass&#233;e au crible !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rimbaud, justement... Contrairement &#224; Picasso, vous avez gliss&#233; son nom dans vos livres bien avant d'en faire le personnage principal de votre dernier roman. Il appara&#238;t d&#232;s le premier, &lt;i&gt;Central&lt;/i&gt;. Il est ensuite cit&#233; dans &lt;i&gt;Ils d&#233;sertent&lt;/i&gt; par le h&#233;ros, un VRP en papiers peints qui est un de ses admirateurs. Le roman suivant, &lt;i&gt;Faux n&#232;gres&lt;/i&gt;, emprunte son titre &#224; un de ses po&#232;mes. Dans&lt;i&gt; Autour de Franck&lt;/i&gt;, il revient pour &#233;voquer la figure du fugueur... Pourquoi l'avoir toujours nomm&#233;, lui ? Parce qu'il &#233;tait destin&#233; &#224; appara&#238;tre un jour sur le devant de la sc&#232;ne ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un peu le hasard : il est arriv&#233; dans mes livres par petites touches d&#232;s &lt;i&gt;Central&lt;/i&gt;, o&#249; j'ai eu besoin de le nommer puisqu'il apparaissait dans quelques lignes seulement. Dans &lt;i&gt;Ils d&#233;sertent&lt;/i&gt;, le VRP le d&#233;couvre dans un reportage ou une &#233;mission, raison pour laquelle je le cite &#224; nouveau.&lt;i&gt; Faux n&#232;gres&lt;/i&gt;, lui, le cite sous diff&#233;rents noms : Rimbaud, Arthur, le &#034;post adolescent g&#233;nial&#034;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, dans &lt;i&gt;Vie prolong&#233;e d'Arthur Rimbaud&lt;/i&gt;, je peux l'&#233;clater dans toutes ses repr&#233;sentations multiples puisque l'ensemble du livre lui est consacr&#233; : il s'appelle donc Nicolas Cabanis, nom sous lequel il poursuit sa vie apr&#232;s Marseille (Nicolas &#233;tait son troisi&#232;me pr&#233;nom). D&#233;clar&#233; mort sous le nom de Jean Rimbaud, son premier pr&#233;nom, il a &#233;galement &#233;t&#233; appel&#233; Jean-Arthur Rimbaud par son premier biographe, Paterne Berrichon, le mari de sa s&#339;ur Isabelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je le nomme, c'est probablement parce que je l'ai d&#233;sign&#233; et lu tr&#232;s t&#244;t : &#224; l'&#233;poque de l'adolescence que je d&#233;cris dans &lt;i&gt;Autour de Franck&lt;/i&gt;, texte tout de m&#234;me un peu autobiographique, j'&#233;tais conscient de marcher sur ses traces et d'&#234;tre comme lui un peu fugueur, ce que raconte l'histoire, en &#233;cho &#224; celle de Franck.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens que j'&#233;tais marqu&#233; par la pr&#233;cocit&#233; de Rimbaud. J'essayais de marcher sur ses traces - sans la m&#234;me r&#233;ussite, hein ! - mais j'avais d&#233;j&#224; la sensation d'&#234;tre en retard de deux ans, ce qui est &#233;norme lorsqu'on oscille entre 15 et 20 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment est n&#233;e l'id&#233;e de prolonger sa vie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vrai d&#233;sir de me dire, comme pour tous les gens qu'on admire (pour moi Brassens ou Ren&#233; Fallet) : tiens, comment aurait-il r&#233;agi &#224; tel &#233;v&#233;nement post&#233;rieur &#224; sa mort, l'affaire Dreyfus par exemple, la bataille d'Adoua en 1895 qui voit la victoire de l'empereur &#233;thiopien M&#233;n&#233;lik sur les Italiens (c'&#233;tait la premi&#232;re fois que des Africains remportaient une victoire militaire sur des europ&#233;ens !). Rimbaud avait bien connu M&#233;n&#233;lik, il se serait frott&#233; les mains &#224; mon avis... En m&#234;me temps, l'histoire de sa mort est le vrai d&#233;but de sa vie si on peut dire, l'&#233;laboration du mythe, les mystifications qu'on fait peser sur Isabelle, le caract&#232;re tremp&#233; de sa m&#232;re, toute cette &#233;laboration tr&#232;s romanesque &#233;tait tr&#232;s tentante &#224; retracer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En &#233;crivant sur le mythe qu'il repr&#233;sente, vous n'avez pas effectu&#233; de flash-back permettant de le d&#233;couvrir lors de sa &#171; premi&#232;re vie &#187;, confront&#233; &#224; ses admirateurs, &#224; d'autres po&#232;tes. On entre de plain-pied dans sa &#171; nouvelle vie &#187;, o&#249; il va exploiter une carri&#232;re de marbre. Si on comprend tout ce qu'il suscite d&#233;j&#224; de fantasmes &#224; son &#233;poque gr&#226;ce au personnage de Paterne Berrichon, on a l'impression que le mythe, c'est moins ce qui existe en soi que ce qui circule, se transforme, finit par vous rattraper... Au fond, comment d&#233;finiriez-vous ce terme de mythe ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis persuad&#233; que Rimbaud &#233;tait finalement peu connu de ses pairs, hormis par les souvenirs magnifi&#233;s qu'en avait Verlaine, et d'autre rares amis, Richepin peut-&#234;tre. Les autres, Germain Nouveau, ses professeurs, Izambard, etc., n'&#233;taient pas connus &#224; l'&#233;poque. On savait vaguement qu'il se trouvait en Afrique depuis quelques ann&#233;es au moment de sa mort. Le mythe d&#233;marre vraiment &#224; sa mort, la situation po&#233;tique est plus favorable, Verlaine, on s'en doute, n'en a plus pour longtemps, toute une &#233;poque va dispara&#238;tre dont il faut garder m&#233;moire... C'est ce que pensent quelques profiteurs qui misent sur la post&#233;rit&#233; future de Rimbaud comme en bourse ! Berrichon n'est pas le seul, le premier a &#233;t&#233; Darzens, un personnage un peu louche, toujours &#224; l'aff&#251;t de bons coups.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mythe &#233;videmment est quelque chose d'un peu surnaturel. On peut comparer Rimbaud et Picasso, deux personnages mythiques. La cons&#233;quence de &#171; l'objet mythique &#187; est qu'il est universellement connu, c'est vraiment devenu une chose. &#192; la limite un mug avec le portrait de Rimbaud ou un tableau de Picasso suffit pour &#234;tre reconnaissable, on en oublie le personnage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur quoi se fonde-t-il, selon vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fondation du mythe est obscure : quand a-t-il commenc&#233;, etc. C'est un peu le sujet de &lt;i&gt;VPAR&lt;/i&gt;, mais &#224; la limite, on se focalise surtout sur les effets du mythe. Comme il est universel, on l'apprend &#224; l'&#233;cole, on a ce compagnonnage tr&#232;s t&#244;t et tr&#232;s t&#244;t on apprend &#224; vivre avec, &#224; l'aimer ou le d&#233;tester, suivant notre parcours, nos influences, notre caract&#232;re&#8230; etc. C'est pour cela que &#231;a nous perturbe autant quand on remet en cause un &#233;l&#233;ment mythique, cela d&#233;construit tout ce qu'on a appris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Travailler sur cette notion, c'&#233;tait travailler sur le fantasme du g&#233;nie, en l'occurrence ? Ou sur le scandale ? Sur autre chose encore ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne crois pas. Effectivement, le g&#233;nie est mythique (Picasso, Rimbaud, Einstein), mais pas toujours. Caligula, voire Hitler, se rapprochent d'un fonctionnement mythique avec d&#233;tracteurs, admirateurs... Le scandale serait plut&#244;t li&#233; &#224; la d&#233;molition du mythe install&#233;. Pour moi, travailler sur Rimbaud, c'&#233;tait travailler d'un point de vue romanesque avec un personnage tellement connu qu'il en devient un anti-personnage, on sait tout au d&#233;part de lui (Picasso, c'&#233;tait un peu pareil). En cela, la notion de romanesque est proche des th&#233;ories du Nouveau roman qui remettent en cause le personnage &#224; construire par le romancier... Tout ce qu'a &#233;crit Nathalie Sarraute dans &lt;i&gt;L'&#200;re du soup&#231;on&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passer apr&#232;s un mythe, &#233;crire apr&#232;s Rimbaud, peindre apr&#232;s Picasso, n'est pas forc&#233;ment plus difficile, ou plus annihilant, ils ont ouvert des voies, des br&#232;ches, des univers &#224; explorer. C'est une erreur &#224; mon avis de penser que les personnalit&#233;s mythiques emportent tout sur leur passage. La vraie question n'est pas, par exemple, de savoir comment &#233;crire un roman apr&#232;s Proust, mais plut&#244;t pourquoi cela devient diff&#233;rent apr&#232;s l'&#233;v&#233;nement de l'Holocauste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand on lit &lt;i&gt;Vie augment&#233;e d'Arthur Rimbaud&lt;/i&gt;, ce qui reste particuli&#232;rement en m&#233;moire, outre la pr&#233;cision historique avec laquelle vous traitez le sujet, qui vous permet de rendre la fiction cr&#233;dible, c'est la minutie avec laquelle vous inventez une nouvelle vie au po&#232;te. Le voil&#224; d&#233;sormais chef d'entreprise. Est-ce que finalement vous n'auriez pas &#224; nouveau &#233;crit sur le travail ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis &#233;norm&#233;ment document&#233; sur toute la partie travail, taille de pierre, c'est vrai. Rimbaud &#233;tait un obs&#233;d&#233; des manuels techniques, qu'il collectionnait, il aimait cette description des outils et je m'en suis inspir&#233;. C'est la raison pour laquelle les passages sont aussi pr&#233;cis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment ont r&#233;agi les sp&#233;cialistes de Rimbaud &#224; la publication du livre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien. J'ai &#233;t&#233; invit&#233; &#224; la soci&#233;t&#233; des amis de Rimbaud et tr&#232;s bien accueilli. Mon livre est bien document&#233;, je n'ouvre pas de pol&#233;mique, je n'ai pas le d&#233;sir d'avoir une position partisane sur le po&#232;te. En revanche, certains critiques ont mal r&#233;agi : l'id&#233;e que je prolonge la vie du po&#232;te leur para&#238;t outranci&#232;re. L'explication que j'y vois est que &#231;a d&#233;range une part mythique en eux, cela d&#233;construit tout un &#233;quilibre de figures aim&#233;es, ador&#233;es, d&#233;test&#233;es, patiemment &#233;labor&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd'hui, que vous reste-t-il de Rimbaud ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui me revient, d'abord et avant tout, c'est sa disparition en Afrique, le fait qu'il soit en paix avec lui-m&#234;me, ait repris son destin en main. Ce que j'aime le plus chez lui, c'est le c&#244;t&#233; terrien, terrestre, provincial. J'ai voulu lui redonner une vie sans le mythe qui l'accompagne, je crois. Oui, c'est peut-&#234;tre &#231;a, au fond, le projet de mon livre : parler d'un homme qui est t&#233;moin de sa l&#233;gende, et qui en m&#234;me temps y &#233;chappe.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>La mer, ce personnage de roman</title>
		<link>https://annesavelli.fr/ateliers-et-cie/critique-litteraire/article/la-mer-ce-personnage-de-roman</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anne Savelli</dc:creator>


		<dc:subject>lecture audio</dc:subject>
		<dc:subject>critique</dc:subject>
		<dc:subject>roman</dc:subject>
		<dc:subject>Y&#244;ko Ogawa</dc:subject>
		<dc:subject>Japon</dc:subject>
		<dc:subject>mer</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La mer chez la romanci&#232;re japonaise Y&#244;ko Ogawa.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://annesavelli.fr/ateliers-et-cie/critique-litteraire/" rel="directory"&gt;Critique litt&#233;raire&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://annesavelli.fr/mot/mer" rel="tag"&gt;mer&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_176 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://annesavelli.fr/IMG/jpg/mer_ogawa_bookwitty.jpg?1532349005' width='500' height='340' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Chez la romanci&#232;re japonaise Y&#244;ko Ogawa, quelque chose de lisse, de fluide s'infiltre souvent &#224; travers les phrases pour mieux camper des situations dont l'ambigu&#239;t&#233; devrait nous faire reculer et qui pourtant r&#233;ussissent &#224; s'imposer, puisqu'il n'est pas question d'abandonner le r&#233;cit en route.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1990 d&#233;j&#224;, dans la longue nouvelle intitul&#233;e&lt;i&gt; La Piscine&lt;/i&gt;, la texture de l'eau dont la surface &#233;tait d&#233;crite comme un voile protecteur, l'&#233;l&#233;gance d'un jeune nageur &#224; l'entra&#238;nement, plongeant sous les yeux d'une adolescente perturb&#233;e venue s'asseoir chaque jour sur les gradins pour l'admirer, r&#233;v&#233;laient par contraste la cruaut&#233; de la jeune fille. Tout en &#233;tant capable de percevoir avec une sensibilit&#233; exacerb&#233;e ce monde d'une puret&#233; parfaite, elle s'av&#233;rait d'un sadisme sans &#233;quivoque.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un bel ado en maillot de bain&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;cision des sensations permettait une sorte de glissement, de passage de fronti&#232;re entre l'univers ouat&#233; de la piscine et l'orphelinat o&#249; la narratrice s'amusait &#224; terroriser une toute petite fille : le &#171; corps sans d&#233;fense &#187;, c'&#233;tait &#224; la fois celui de Jun, le bel ado sportif dont Aya-chan est secr&#232;tement amoureuse et qui lui appara&#238;t en maillot de bain, et celui de l'enfant en bas &#226;ge qu'elle enfermait, puis empoisonnait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De sadisme, il est &#224; nouveau question dans &lt;i&gt;H&#244;tel Iris&lt;/i&gt;, d'une mani&#232;re &#224; la fois plus explicite et plus complexe. Tout commence dans l'h&#244;tel qui donne son titre au livre, un &#233;tablissement situ&#233; dans une station baln&#233;aire. Modeste, un peu recul&#233;, il n'a pas vue sur mer, ne peut s'en pr&#233;valoir. Bien tenu par la m&#232;re de la narratrice, une adolescente qui partage avec Aya-chan un certain mal &#234;tre (d&#251; &#224; leurs rapports avec leurs m&#232;res, justement), l'Iris semble, au d&#233;but, devoir &#234;tre le d&#233;cor principal de l'histoire. Un &#233;v&#233;nement s'y passe, tout de suite, brutal, qui va conditionner la suite du r&#233;cit.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D'une rive &#224; l'autre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cependant, on quitte rapidement les lieux. La silhouette du client qui a caus&#233; le scandale et qui va fasciner Mari, la jeune r&#233;ceptionniste, se dessine d&#233;sormais pr&#232;s de l'eau. C'est en bord de mer en effet que le hasard les remet en pr&#233;sence. Rien d'&#233;tonnant : la mer, c'est l'&#233;l&#233;ment qui conditionne la vie de la ville, la r&#233;veille, la bouscule.&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;100%&#034; height=&#034;300&#034; scrolling=&#034;no&#034; frameborder=&#034;no&#034; allow=&#034;autoplay&#034; src=&#034;https://w.soundcloud.com/player/?url=https%3A//api.soundcloud.com/tracks/327256823&amp;color=%23ff5500&amp;auto_play=false&amp;hide_related=false&amp;show_comments=true&amp;show_user=true&amp;show_reposts=false&amp;show_teaser=true&amp;visual=true&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;Mari per&#231;oit &#224; la fois l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; de cet homme vieillissant, traducteur de son &#233;tat, certainement violent et dominateur, et sa solitude, sa fragilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le geste de la main, timide mais d&#233;j&#224; familier, qu'elle fait pour lui dire au revoir alors qu'il prend le bateau, s'appr&#234;te &#224; retourner sur l'&#238;le face &#224; la ville dont il est l'unique habitant, qui d&#233;clenche cette histoire d'amour qui oscille entre s&#233;ances sadomasochistes et d&#233;licates attentions tandis que les protagonistes passent d'une rive &#224; l'autre, des rues o&#249; ils d&#233;ambulent parmi les vacanciers &#224; la maison de l'&#238;le o&#249; personne ne sait ce qu'ils font.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un d&#233;cor pour touristes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'h&#244;tel, la m&#232;re de Mari la brime, l'exploite, la rabaisse. Pr&#232;s de la mer, la jeune fille s'octroie une libert&#233; nouvelle, que ce soit pour manger une glace avec le traducteur, aller nager ou s'isoler avec lui en laissant les flots les s&#233;parer du reste du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois encore, Y&#244;ko Ogawa r&#233;ussit &#224; conjuguer effroi (les sc&#232;nes de domination sont explicites, m&#234;me s'il ne s'agit pas, &#224; mes yeux du moins, d'un livre &#233;rotique), d&#233;licatesse et &#233;tonnement. Comme son h&#233;ro&#239;ne, nous naviguons d'un espace, d'une surface &#224; l'autre, jusqu'au d&#233;nouement que la mer, changeante, finit par pr&#233;cipiter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mer, c'est d'abord ce qui rend la ville vivante, nous l'avons vu. Un d&#233;cor pour touristes, gai, lumineux et, paradoxalement, &#224; la limite de l'abstraction.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Tangage&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes au Japon et pourtant, nous avons la sensation que cette station baln&#233;aire, avec ses boutiques de souvenirs, ses yachts, ses plages, pourrait se trouver n'importe o&#249; ailleurs. D&#233;limit&#233;e par des remparts, elle rappelle m&#234;me Saint-Malo, ville que la romanci&#232;re conna&#238;t, on le sait, puisqu'elle a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; invit&#233;e au festival &#201;tonnants voyageurs. La cit&#233; corsaire l'aurait-elle influenc&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bient&#244;t, en tout cas, alors que Mari et le traducteur se prom&#232;nent ensemble pour la premi&#232;re fois, le lieu se fait un peu plus sauvage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;Peu de touristes venaient jusqu'au cap et tous les bancs &#233;taient vides sauf celui o&#249; nous &#233;tions assis. Les coteaux &#233;taient envahis de fleurs des champs dont les tiges ondulaient au moindre souffle de vent. Un chemin pour pi&#233;tons, bord&#233; d'un garde-fou, montait vers le sommet, et o&#249; que l'on s'y trouv&#226;t, on pouvait voir la mer.&lt;br class='autobr' /&gt; Le front de mer que nous suivions s'&#233;tendait sur notre gauche. Les remparts &#233;taient toujours immerg&#233;s. On distinguait l'&#238;le dans le lointain.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le regard qu'ils portent sur l'horizon est le premier signe de leur union. Jusque l&#224;, ils ne savaient pas quoi se dire. Le vent, le bruit des vagues change la nature du silence qui se fait entre eux. Ils se comprennent, s'accordent. La mer devient ensuite la route qui les conduit l'un vers l'autre, le chemin trac&#233; entre leurs deux solitudes, par bateau, flots interpos&#233;s. Le tangage, ce l&#233;ger d&#233;s&#233;quilibre, fait partie int&#233;grante de la relation qui se noue.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Corps fan&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un jour, le rituel se rompt parce que le traducteur a invit&#233; son jeune neveu muet &#224; d&#233;jeuner dans sa maison de l'&#238;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sormais, quelqu'un s'immisce entre eux et la mer &#224; nouveau change de visage. Nous voici &#224; la plage, au milieu des touristes. Mari voit, pour la premi&#232;re fois, le corps quasi nu du traducteur, tandis que lui conna&#238;t tout du sien. Elle observe &#233;galement celui du neveu, dont les belles proportions rappellent celles du nageur de &lt;i&gt;La Piscine&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quelques instants, rest&#233;e seule sur le sable tandis qu'ils sont partis se baigner, elle &#233;prouve une suite d'&#233;motions contradictoires, entre d&#233;sir de rester seule avec le traducteur et d&#233;ception face &#224; son corps fan&#233;, un d&#233;go&#251;t physique qu'elle recherche pour mieux s'amoindrir elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois de plus, la mer vient en &#233;cho mettre &#224; jour ses sentiments. Encombr&#233;e, populeuse, la plage est un lieu d'entrave. &#192; la surface de l'eau, une bou&#233;e se d&#233;tache, premier signe de danger, tandis qu'un surveillant guette les accidents.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fantasmes de noyade&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Finalement, Mari se laisse submerger par ses fantasmes : s'identifiant &#224; l'h&#233;ro&#239;ne du roman russe qu'il traduit pour son plaisir, et qui se retrouve noy&#233;e dans un lac par son amant, elle voudrait &#234;tre entra&#238;n&#233;e de force, dans les profondeurs, par le traducteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, la mer &#171; parle &#187;, devient plus explicite. Elle avertit, pr&#233;vient. Le lendemain, des centaines de poissons morts sont jet&#233;s sur la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;J'y suis all&#233;e voir avec la femme de m&#233;nage. En arrivant sur le front de mer, on a tout de suite senti une odeur de poisson pourri. C'&#233;tait exactement comme l'avait dit le laitier. En une nuit, l'aspect de la mer avait compl&#232;tement chang&#233;. On aurait dit qu'une mer de nature diff&#233;rente de celle de la veille avait surgi de nulle part.&lt;br class='autobr' /&gt; Quoi qu'il en soit, il y avait d'innombrables cadavres de poissons. L&#224; o&#249; auraient d&#251; se trouver comme d'habitude les douches, le glacier, la tour de guet, on ne voyait rien d'autre que des poissons, &#224; perte de vue. Il n'y avait pas de vagues, la mer &#233;tait grise, et tous les parasols &#233;taient rest&#233;s pli&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#238;le, qui a la forme d'une oreille, entendra-t-elle cet avertissement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait multiplier les exemples, montrer comment Y&#244;ko Ogawa d&#233;place sans cesse les &#233;l&#233;ments dont elle dispose pour nous conduire o&#249; elle le souhaite tout en nous donnant l'impression d'un certain vagabondage. De fait, le liquide est pour elle un v&#233;ritable mat&#233;riau conducteur.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Prison &#224; ciel ouvert&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre de ses romans, &lt;i&gt;Cristallisation secr&#232;te&lt;/i&gt;, l'&#238;le est au c&#339;ur du r&#233;cit, &#224; nouveau. Impossible d'y &#233;chapper, cependant : cette fois, c'est d'univers totalitaire qu'il s'agit. L'&#238;le est une prison qui ne dit pas son nom, &#224; ciel ouvert, o&#249; le gouvernement vole les souvenirs des habitants, fait dispara&#238;tre ce qui leur tient &#224; c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, dans ce roman-ci, la mer n'appara&#238;t que tr&#232;s lentement, partiellement, &#224; la vue du lecteur. Ce qu'on retient plut&#244;t, dans les premi&#232;res pages, c'est la rivi&#232;re qui borde la maison de la narratrice et permet d'y acc&#233;der par une seconde entr&#233;e en contrebas, reli&#233;e par un pont vermoulu. La rivi&#232;re, c'est alors peut-&#234;tre la source de tout vie intime, l'espoir d'un peu de libert&#233;, un passage secret... Espoir fragile, cependant, puisqu'elle entra&#238;ne parfois ce qui doit &#234;tre oubli&#233; vers la mer. Ainsi, les p&#233;tales de roses, fleurs brusquement interdites :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;Je me suis pench&#233;e &#224; la fen&#234;tre et j'ai clign&#233; plusieurs fois des yeux. La surface de l'eau &#233;tait enti&#232;rement recouverte de fragments rouges, roses ou blancs, un assortiment de couleurs pour lequel il &#233;tait difficile de trouver un qualificatif. Il ne restait plus un seul espace libre. Ces fragments, ainsi vus d'en haut, avaient l'air doux, se chevauchaient et se d&#233;pla&#231;aient plus lentement que le cours habituel de l'eau. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mer, si elle est le seul point d'acc&#232;s au monde ext&#233;rieur, lieu d'une possible &#233;vasion, est aussi l'endroit o&#249; tout dispara&#238;t, se dissout, o&#249; la menace gronde. M&#234;me le ferry, seul bateau encore existant, finit par couler apr&#232;s le passage d'un tsunami.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le flottement demeure&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le recueil de nouvelles de Yok&#244; Ogawa intitul&#233; &lt;i&gt;La Mer&lt;/i&gt; est, lui aussi, mati&#232;re &#224; transformation, &#224; d&#233;placement. Ainsi, le texte qui donne son titre au livre parle moins d'eau que de souffle. La mer, c'est ici ce qui donne naissance &#224; un instrument de musique, &#233;trange, intrigant.&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;100%&#034; height=&#034;300&#034; scrolling=&#034;no&#034; frameborder=&#034;no&#034; allow=&#034;autoplay&#034; src=&#034;https://w.soundcloud.com/player/?url=https%3A//api.soundcloud.com/tracks/327256712&amp;color=%23ff5500&amp;auto_play=false&amp;hide_related=false&amp;show_comments=true&amp;show_user=true&amp;show_reposts=false&amp;show_teaser=true&amp;visual=true&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;Une fois de plus, la surprise n&#233;e du propos, coupl&#233;e &#224; la fluidit&#233; des &#233;l&#233;ments, entra&#238;ne le lecteur dans son sillage. Nous oscillons nous-m&#234;mes entre immersion et mise &#224; distance, vertige et ancrage au sol. Se plonger dans les romans de Y&#244;ko Ogawa, c'est effectuer une exp&#233;rience particuli&#232;re : celle d'une lecture effectu&#233;e d'une traite, ou presque, dont la moindre notation repose sur un composant tangible, concret, et o&#249; pourtant le flottement demeure, nous laisse libres, en apesanteur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Vies ouvri&#232;res, paysages du Nord</title>
		<link>https://annesavelli.fr/ateliers-et-cie/critique-litteraire/article/vies-ouvrieres-paysages-du-nord</link>
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		<dc:date>2018-06-21T16:36:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anne Savelli</dc:creator>


		<dc:subject>lecture audio</dc:subject>
		<dc:subject>critique</dc:subject>
		<dc:subject>livre</dc:subject>
		<dc:subject>voyage</dc:subject>
		<dc:subject>Lille</dc:subject>
		<dc:subject>Lucien Suel</dc:subject>
		<dc:subject>Sorj Chalandon</dc:subject>
		<dc:subject>Emile Zola</dc:subject>
		<dc:subject>Violette Leduc</dc:subject>
		<dc:subject>Nord</dc:subject>
		<dc:subject>roman</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le Nord en litt&#233;rature.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://annesavelli.fr/ateliers-et-cie/critique-litteraire/" rel="directory"&gt;Critique litt&#233;raire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://annesavelli.fr/mot/lecture-audio" rel="tag"&gt;lecture audio&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_175 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://annesavelli.fr/IMG/jpg/vies_ouvrieres_bookwitty.jpg?1532351183' width='500' height='350' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le roman&lt;i&gt; Le Jour d'avant&lt;/i&gt;, de Sorj Chalandon, a pour toile de fond la derni&#232;re grande catastrophe mini&#232;re en France, qui a fait 42 morts &#224; Li&#233;vin en 1974. &#171; Toile de fond &#187; n'est d'ailleurs par l'expression ad&#233;quate puisque l'accident est au c&#339;ur du livre et le quotidien des mineurs particuli&#232;rement d&#233;taill&#233;. C'est l'occasion de se demander comment la litt&#233;rature, depuis Germinal, parle de la vie ouvri&#232;re dans le Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;Des centaines de v&#234;tements &#233;taient suspendus &#224; des crochets, tapissant la charpente sous le plafond immense. Au bout de leurs cha&#238;nes, les habits pendus. Des coutils ouvriers, des pantalons de ville, des enveloppes vides qui attendaient les hommes. Les bleus et les vestons c&#244;te &#224; c&#244;te, comme une arm&#233;e de spectres. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s les premi&#232;res pages du &lt;i&gt;Jour d'avant&lt;/i&gt; &#8211; assez proche, par ailleurs, de &lt;i&gt;Mon tra&#238;tre&lt;/i&gt;, l'un des pr&#233;c&#233;dents romans de Sorj Chalandon &#8211;, le d&#233;cor est pos&#233; : nous sommes &#224; la fois dans le Nord-Pas de Calais d'aujourd'hui et dans les mines de Li&#233;vin au milieu des ann&#233;es 70. Conditions de travail, outils, v&#234;tements, usages, rythme des jours, description des villes travers&#233;es...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est avec une grande pr&#233;cision que l'auteur, &#233;galement journaliste, fait entrer ses lecteurs dans un univers qui oscille entre pass&#233; et pr&#233;sent, accident dramatique et fait divers, pr&#233;cision qu'on mesure mieux encore quand on a connu certains des lieux dont il est question, et qui n'ont rien de touristique. Anecdotique sans doute, mais j'avoue que c'est mon cas et que, d'une certaine fa&#231;on, je lui en sais gr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Retour &#224; la mine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De quoi parle&lt;i&gt; Le Jour d'avant&lt;/i&gt; ? D'une vengeance tardive, celle d'un adolescent, Michel, dont le fr&#232;re a&#238;n&#233; est mort &#224; la suite d'une catastrophe mini&#232;re et qui veut faire payer les responsables. Quarante ans apr&#232;s les faits, devenu veuf, Michel retourne au pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Difficile, bien s&#251;r, lorsqu'on ouvre un roman &#233;crit dans une veine r&#233;aliste de ne pas avoir en t&#234;te le &lt;i&gt;Germinal &lt;/i&gt; de Zola. Michel en parle d'ailleurs, puisqu'il d&#233;cide, &#224; un moment donn&#233;, de se mettre &#224; le lire. Cependant, c'est pour mieux l'&#233;vacuer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;J'avais mal. Chaque mot, chaque phrase me renvoyait au drame. Je pensais que Zola serait un secours, c'&#233;tait ma mauvaise conscience. Il ne m'apaisait pas. Il me replongeait avec violence sur le carreau, &#224; attendre que mon Jojo remonte. Il me tra&#238;nait par le col au milieu des veuves et des orphelins. Et quand je levais les yeux au milieu de ma lecture, je me heurtais aux murs de ma cellule. Je n'allais pas suivre &#201;tienne Lantier jusqu'au bout. J'allais quitter la famille Maheu, la jeune Catherine, la brutalit&#233; de la Compagnie des mines, la violence des soldats. De jour en jour et de page en page, ce livre &#233;tait devenu un barreau de plus.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, de fait, l'histoire du &lt;i&gt;Jour d'avant&lt;/i&gt; se r&#233;v&#232;le plus complexe qu'annonc&#233;e. Il n'est pas si simple de revendiquer son appartenance &#224; un groupe, &#224; un pass&#233; ouvrier commun. Sorj Chalandon l'a pr&#233;cis&#233; en interview : pour lui, Michel est &#171; &lt;i&gt;une &#226;me noire, pas une gueule noire&lt;/i&gt; &#187;. &#192; vouloir &#224; tout prix endosser un r&#244;le (dans &lt;i&gt;Mon tra&#238;tre&lt;/i&gt;, celui de h&#233;ros, ici, celui de victime), on risque la rupture. Si Michel lisait &lt;i&gt;Germinal &lt;/i&gt; jusqu'au bout, la droiture de Lantier risquerait de lui r&#233;v&#233;ler ses propres contradictions.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Usines sous la pluie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La vie ouvri&#232;re ne se r&#233;sume pas aux houill&#232;res, cependant. Les usines de la r&#233;gion sont &#233;galement au centre de romans contemporains qui utilisent certaines de ses caract&#233;ristiques pour camper une situation. Ainsi, l'industrie et le paysage se devinent parfois gr&#226;ce &#224; de simples notations m&#233;t&#233;orologiques : pluie, vent, orage, froid mordant...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le cas du roman de G&#233;rard Mordillat paru en 2011, &lt;i&gt;Rouge dans la brume&lt;/i&gt;, qui se d&#233;roule dans le Nord tandis que &lt;i&gt;Les Vivants et les morts&lt;/i&gt; &#233;tait ancr&#233; &#224; l'Est. D&#232;s les premi&#232;res pages, une temp&#234;te plus forte encore que celle de 1999 fait pressentir les difficult&#233;s dans lesquelles le protagoniste, un ouvrier m&#233;canicien, va se d&#233;battre, et plante le d&#233;cor sans que l'auteur n'ait besoin de d&#233;crire les lieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#233;galement en se servant des conditions m&#233;t&#233;o qu'Antoine Choplin, dans son bref roman, &lt;i&gt;Cour Nord&lt;/i&gt;, installe un climat propice aux tensions et donne &#224; voir la ville imaginaire o&#249; il place ses h&#233;ros. On d&#233;couvre un p&#232;re et un fils, ouvriers dans la m&#234;me usine, au moment o&#249; une gr&#232;ve d&#233;marre. Le p&#232;re est un syndicaliste convaincu tandis que le fils r&#234;ve surtout de jazz : le soir, il joue de la trompette dans un groupe qui pr&#233;pare son premier concert important. Autour d'eux, une pluie incessante, les menaces d'une fermeture et cette cour Nord de l'usine o&#249; on s'abrite, chante et scande des slogans parce que l'acoustique y est bonne, se rassemble pour voter la poursuite du mouvement. Ce qu'on entrevoit du paysage ? L'a&#233;roport, situ&#233; pr&#232;s des b&#226;timents et qui attire L&#233;opold lorsqu'il a besoin d'air.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;chapp&#233;e vers un nouveau monde, ce n'est pourtant pas l&#224; qu'elle aura lieu pour le fils mais, &#224; la fin du roman et alors que son p&#232;re s'acharne &#224; mener une gr&#232;ve de la faim sans espoir, devant la mer du Nord en compagnie de son coll&#232;gue Ahmed, qui lui en fait remarquer la &#171; &lt;i&gt;couleur de boue &lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt; T'as raison, Ahmed, c'est pas la m&#234;me mer que chez toi, au Sud. Mais quand m&#234;me, elles sont reli&#233;es l'une &#224; l'autre. Il y a forc&#233;ment un endroit o&#249; elles m&#233;langent leurs couleurs, et dans ta mer aussi on doit retrouver un peu de boue, &#224; des endroits &lt;/i&gt; &#187;, lui r&#233;pond-il. Le lien se fait alors du Nord au Sud mais &#233;galement de l'int&#233;rieur vers l'ext&#233;rieur, et vice-versa : c'est dans une petite salle de concert que le musicien prendra son envol. C'est en rentrant chez lui, en revenant &#224; son jardin secret, que son p&#232;re, lui, pourra tirer un trait sur sa vie en usine.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des plages aux canaux&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De plage, il est &#233;galement question dans&lt;i&gt; Ni bruit ni fureur&lt;/i&gt; de Lucien Suel, second tome de l'anthologie po&#233;tique qui lui est consacr&#233;e. Le recueil, avant de traiter des jardins et de la figure des disparus, s'ouvre sur plusieurs &#233;vocations d'une enfance dans le Nord. Parmi elles, &#171; &lt;i&gt;Mer du Nord&lt;/i&gt; &#187;, texte &#233;crit &#224; partir de tweets en 140 caract&#232;res que j'aime particuli&#232;rement &#8211; m&#234;me si je les aime tous, en r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;Sur la laisse de mer, chaque bout de bois, branchage ou planchette, chevron ou bastaing, palette ou cageot, raconte une histoire. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On y croise des vaches, des retrait&#233;s, des marins-p&#234;cheurs, des paysans qui ramassent des patates ou des crevettes, une &#171; corpulente baigneuse aux airs de Cicciolina &#187;, un faux loup de mer, mannequin pour des photos publicitaires, une petite fille qui joue &#224; la marelle, mais aussi des naufrag&#233;s et les migrants de Calais. Grand souvenir, au passage : nous l'avions re&#231;u, lors d'une soir&#233;e de lectures, avec L'aiR Nu, et c'est ainsi qu'on peut entendre Lucien Suel lui-m&#234;me lire le texte :&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;100%&#034; height=&#034;300&#034; scrolling=&#034;no&#034; frameborder=&#034;no&#034; allow=&#034;autoplay&#034; src=&#034;https://w.soundcloud.com/player/?url=https%3A//api.soundcloud.com/tracks/255914878&amp;color=%23ff5500&amp;auto_play=false&amp;hide_related=false&amp;show_comments=true&amp;show_user=true&amp;show_reposts=false&amp;show_teaser=true&amp;visual=true&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;Le texte qui cl&#244;t cet ensemble sur l'enfance, &#171; &lt;i&gt;Un aller simple pour Roubaix&lt;/i&gt; &#187;, monologue &#233;pur&#233; et poignant, est celui d'un enfant issu d'une famille de paysans qui a quitt&#233; la ferme pour les filatures. Lui aussi travaille en usine, enfer dont il voudrait s'&#233;chapper. Ici, pas de plage, mais un canal o&#249; appara&#238;t un marinier avec lequel il sympathise. Cette rencontre suffira-t-elle &#224; modifier un destin tout trac&#233; ? C'est tr&#232;s loin d'&#234;tre s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lutte des classes et jardin public&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Moins dramatique mais difficile tout de m&#234;me, l'enfance de Violette Leduc, &#233;crivaine native d'Arras, telle qu'elle la raconte au d&#233;but de &lt;i&gt;La B&#226;tarde&lt;/i&gt;, le premier volet de son autobiographie. Nous sommes &#224; Valenciennes &#224; la fin des ann&#233;es 1910. La petite Violette est &#233;lev&#233;e par une m&#232;re d'une grande froideur et par une grand-m&#232;re, qui l'adore. Toutes deux ont &#233;t&#233; domestiques :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je suis la fille non reconnue d'un fils de famille, je dois rivaliser en soins, en m&#233;daille et cha&#238;nette d'or, en robes de broderie, en longues anglaises, en teint clair, en cheveux soyeux avec les enfants riches de la ville lorsque ma grand-m&#232;re me prom&#232;ne dans le Jardin public. L'ange se change en gouvernante. Dans la chambre, c'est presque la mis&#232;re &#8211; mon vase de nuit se transforme en saladier au d&#233;but des repas &#8211; dehors c'est la repr&#233;sentation. Vanit&#233; des vanit&#233;s ? Non. Ma m&#232;re et ma grand-m&#232;re sont intelligentes, elles ont de la personnalit&#233;, elles ont &#233;t&#233; &#233;cras&#233;es l'une et l'autre &#224; vingt ans, elles veulent combattre la malchance quand elles enrubannent une petite fille. Le Jardin public est l'ar&#232;ne, je suis leur petit torero, je dois vaincre les enfants cossus de la ville.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette enfance pauvre et honteuse, Violette Leduc en parlait d&#233;j&#224; dans son premier livre, &lt;i&gt;L'Asphyxie&lt;/i&gt;, remarqu&#233; &#224; sa sortie par Simone de Beauvoir et Jean Genet. Les quartiers bourgeois de Valenciennes y &#233;taient alors d&#233;crits comme des endroits ferm&#233;s et &#233;nigmatiques : &#171; &lt;i&gt;Les enfants &#233;taient invisibles. Les fen&#234;tres &#233;taient closes, la maille des rideaux serr&#233;e. La travers&#233;e de cette rue me donnait du malaise. &lt;/i&gt; &#187; On ne saurait mieux dire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Traverser la r&#233;gion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#201;nergique, vivifiant, &lt;i&gt;Travers&#233;e du Nord &lt;/i&gt; (h&#233;las &#233;puis&#233;), le petit livre de Marie Desplechin, autre native de la r&#233;gion, est encore d'une tonalit&#233; diff&#233;rente. Avec elle, on embrasse tout ce qui se nomme d&#233;sormais les Hauts de France. Lille, Amiens, Beauvais, B&#233;thune, les champs et les rivi&#232;res, la mer, les houill&#232;res, les habitudes et les paysages familiers sont pass&#233;s en revue, ou plut&#244;t &#171; travers&#233;s &#187;, donc. Ni fascination, ni apitoiement mais un r&#233;el attachement &#224; la r&#233;gion, que le livre incite &#224; explorer texte en poche &#8211; il date d&#233;j&#224; d'une quinzaine d'ann&#233;es et, au fil des pages, il donne vraiment envie d'aller voir sur place et de comparer. Alors, allons-y ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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