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L’aventure moderne

dimanche 30 Août 2020, par Anne Savelli

C’est dans un étrange oloé que je reprends cette rubrique du semainier : un cabinet d’ostéopathie situé rue La Fayette, à Paris, auquel j’ai fait allusion dans le "décor" du même nom. Je crois que je n’y étais pas retournée depuis une douzaine d’années. Il était temps. 

(Boucles du temps et des ondes sonores : la rue La Fayette est extrêmement bruyante, c’est une des raisons pour lesquelles je l’avais choisie dans ce cheminement du désir qu’est Décor Lafayette — pour la lutte contre ce qui empêche d’éclore. De la salle d’attente, on dirait toujours que les camions roulent directement sur le trottoir)

Je viens ici pour me remettre à marcher droit, pour ne plus pencher d’un côté. Je ne sais pas encore qu’il s’agit aussi, métaphoriquement, de me délester de certaines béquilles, métaphore que l’ostéopathe va utiliser sans s’en rendre compte sur l’instant. Mais bref, justement, avançons un peu.

(Je ne sais jamais qui vient me lire, ici. Je ne sais pas si les lecteurs du semainier sont volages ou réguliers, s’ils passent parce qu’ils ont lu mes livres ou, s’ils me connaissent, viennent prendre des nouvelles ; s’ils tombent sur le site par hasard ou suivent cette rubrique parce qu’ils écrivent aussi. Tout cela je l’ignore mais il y a des choses que j’aimerais dire et donc j’en profite)

Certains le savent, sans doute, je lutte contre le burn-out depuis plus de deux ans. C’est une maladie qui peut en déclencher d’autres, nécessiter plusieurs traitements contre ses symptômes, demande un suivi, etc. Mais ce qui fait sa particularité, je crois, c’est qu’on ne peut pas en guérir sans changer soi-même quelque chose à ce qui l’a déclenchée et sur lequel, pense-t-on, on n’a pas la main (précarité, organisation démentielle, etc).

(Bernard Heidsieck, Passe-partout)

Qu’on n’ait pas la main, c’est vrai en grande partie, mais certaines choses peuvent être modifiées. C’est même très facile. Voici donc, pour ceux qui se sentiraient concernés par ce que je raconte et en ces temps où, c’est le moins qu’on puisse dire, on se sent vite dépossédé par la menace d’une maladie, un petit résumé des décisions de l’été :

Cet été, donc, j’ai commencé le délestage, passé par dessus bord ce qui me prenait trop d’énergie. Je voudrais que ce semainier, journal d’écriture, soit en cette rentrée celui de la guérison mais aussi celui de l’aventure — l’une conduisant à l’autre, peut-être, à moins qu’elles ne soient conjointes, qui sait. Pour cela, certaines choses doivent disparaître, me suis-je dit, parmi lesquelles les applis Facebook, Whatsapp et Linkedin de l’interface de mon téléphone. Rien de compliqué : il suffit d’une seconde, d’un petit coup de pouce de l’icône vers la poubelle et hop, c’est fait. J’ai aussi supprimé, ce qui a pris une matinée, un bon quart de mes abonnements Twitter (peut-être même un tiers) et décidé que je n’aurais plus accès à mon courrier professionnel que de 14h à 15h ou de 15h à 16h, du lundi au vendredi. Ça suffit amplement et me permets d’arrêter de me retrouver dans cet état de disponibilité permanente dans lequel je me suis moi-même placée pendant vingt ans : comme dirait la chanson, voilà, c’est fini (pardon !). Désormais, le matin sera consacré à ce qu’il y a à faire, écriture, lecture, que ce soit "utile" ou, en apparence, non (écrire un texte sans perspective d’édition, construire une séance d’atelier qui aura lieu la semaine suivante, peu importe). Il devient urgent de me dire, une bonne fois pour toutes, que ma façon de travailler est particulière et que je n’ai pas à m’en justifier devant cet interlocuteur imaginaire, ce tyran intérieur qui vient régulièrement me juger, essayer de le normer : ça ne s’est jamais révélé productif ni intéressant. Jamais. J’ai également désactivé toutes mes notifications et le petit "pop" des SMS. Et quand je fais un tour dans le quartier, je ne prends plus mon téléphone. Le comique de l’histoire, c’est que cette vie va peut-être finir par ressembler à celle que certains imaginent et dont je rêvais, enfant.

Bref, l’aventure commence par une modification de la perception du temps, c’est dit. Pour le reste, nous allons voir comment lâcher les béquilles et conquérir de nouveaux points d’appuis. À dimanche !

(ps : à propos d’oloé, cette chaleureuse note de lecture de Thierry Beinstingel et ses oloés à lui)

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