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Jours endormis à Saint-Germain

mercredi 27 Mai 2020, par Anne Savelli

(à suivre : les jours éveillés)

À Saint-Germain, tout ne s’est pas passé comme prévu. Dans le dossier de résidence territoriale monté l’année précédente avec le lycée international, l’association culturelle La Clef, l’académie de Versailles et la DRAC, il était évidemment impossible d’anticiper une maladie, d’inclure une grève des transports, moins encore une pandémie, la moitié du monde à l’arrêt. Dans un dossier de résidence, on se concerte, on organise. On rêve, aussi, et parfois même surtout. On s’imagine qu’on pourra sans trop de difficultés faire sortir les élèves du lycée, les balader dans le centre-ville, quand même une déambulation au sein de l’établissement peut se révéler compliquée. On espère qu’on nouera, soi, des liens avec la ville (lectures en librairie et en médiathèque, relations avec la mairie, qui sait). Mais il faut beaucoup d’énergie et de disponibilité pour qu’advienne le moindre événement : que dire quand la planète s’en mêle ? 

(La Clef pendant la pandémie. Voir ici pour toutes les "contre-visites" du lieu)

Je n’ai pas pu faire vivre mon livre dans la ville comme je l’avais imaginé. Pour des raisons de santé, je n’ai pas pu "lancer la machine" à l’automne (envoyer des mails, rencontrer des gens pour esquisser de nouvelles actions, autrement dit : faire plus que ce qui est sur le papier). Je n’ai effectué qu’une seule lecture, à La Clef, avec un accueil formidable de l’équipe mais pas de réelles interactions avec un public de lecteurs, ce qui n’a rien d’étonnant, le lieu étant surtout connu pour ses expositions et concerts. Ce qu’il faudrait, c’est creuser ce lien, que cette première soirée en préfigure d’autres pour que l’association devienne aussi, petit à petit, un lieu de littérature, avions-nous pensé avec enthousiasme ce soir-là. Mais, outre que cette envie, commune à tous sur le moment, ferait l’objet d’un travail à part entière s’il était possible de l’envisager, l’établissement fait face, depuis, à bien d’autres priorités.

Ainsi, l’exposition de Mathilde Roux, qui a été imaginée dans le cadre de ma résidence et dont l’inauguration a eu lieu peu de temps avant le confinement, attend une nouvelle visibilité (en septembre, m’a-t-on dit). De mon côté, je n’ai pu explorer, exploiter ce lieu comme j’en avais envie, l’essentiel de mes venues à Saint-Germain ayant été dédiées aux ateliers du lycée international, situé à vingt minutes de bus de la gare RER (métros + RER + bus, énormes trajets en tout, qui ont dévoré le temps).

Parfois, j’ai volé un peu de ce temps pour retrouver "ma" ville. Je suis arrivée en avance, me suis octroyée un moment de silence et d’immobilité au Café des arts, situé à côté de l’ancienne bibliothèque devenue office du tourisme (voilà qui me fait penser, au passage, que j’ai donné un exemplaire de mon livre à l’office du tourisme : qu’est-il devenu ? Est-ce que quelqu’un l’a lu, commandé, recommandé à quelqu’un d’autre ? Je ne sais pas non plus si et comment il est apparu chez Gibert, la seule grande librairie de la ville). J’avais envie de faire du Café des arts, qui s’y prête, mon oloé. Mais je n’ai pas eu le temps : Saint-Germain est trop loin de chez moi aujourd’hui pour que des habitudes se tissent facilement, avec naturel, comme ce fut le cas à Montreuil en 2011. J’avais envie de rencontrer les bibliothécaires de la ville, d’imaginer des déambulations littéraires... Mais il y eut la grève et la pandémie. 

Et le lycée international, dans tout ça ? Eh bien, justement, c’est de lui qu’il va être question dans mes prochains articles.

Une résidence territoriale n’est pas une résidence de création : on ne vient pas écrire un texte mais faire connaître son travail (un peu) et animer des ateliers (surtout). On n’y est pas à temps complet. Il faut trouver d’autres sources de rémunération à côté et du temps pour écrire, raison pour laquelle celui du trajet prend tant d’importance (s’il est fractionné ou pas, à quelles heures on part et revient, s’il y a du monde ou non, à quoi ressemblent les correspondances). Mais bref... Malgré ce que je raconte depuis le début, une partie du travail a pu s’accomplir, en particulier avec les deux classes de CM2 rencontrées au premier trimestre et avec lesquelles un vrai contact a pu s’établir (grand merci aux deux enseignantes, Nathalie Olivier et Sandra Mathieu-Boron, aussi chaleureuses qu’impliquées). Car oui, le lycée international, en travaux depuis un moment, est un lycée, mais aussi une école primaire et un collège. On y trouve également des sections dites français spécial qui regroupent des élèves étrangers devant, en un temps record, apprendre la langue et se mettre au niveau.

Pour restituer ce qui s’est passé à Saint-Germain, ateliers d’écriture et venue d’artistes dans l’établissement, je vais donc continuer à faire vivre cette rubrique ces prochains jours : ce seront les "jours éveillés", qui succèderont à cet article. À très bientôt !

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