Parution le 7/01/2026
14.00 x 19.00 cm
384 pages
ISBN : 978-2-330-21548-4
Prix indicatif : 23.50€
C’est moi le bruit
dimanche 30 Juin 2024, par
(Commencer par dire, car c’est important pour moi, qu’un nouvel épisode de Faites entrer l’écriture est paru le 25 juin dernier. Il donne la parole à six étudiants qui ont entre 20 et 36 ans et veulent devenir écrivains. Immense merci à toutes celles et ceux qui soutiennent financièrement ce podcast, ce qui me permet, non seulement de le faire, mais également de mettre gratuitement à disposition les épisodes plus anciens.)
Il se trouve qu’aux Buttes-Chaumont, où je vais chaque matin avant d’écrire, je me suis fait emmerder par un type — il pleuvait, ce n’était pas le matin de cette photo-là. Rien de tragique, il était simplement collant et je n’ai pas su au juste ce qu’il me voulait, car je ne lui ai pas laissé le temps de me le demander (il a tout de même fallu que je lui fasse comprendre que je garderais mon parapluie). Il n’avait pas l’air d’être à plaindre, sortait d’une nuit de fête (c’est ce qu’il m’a dit, en tout cas) sans savoir, vers les huit heures, que faire de lui. J’ai été polie et, tout de suite, il a été collant, insistant, me posant sans cesse des questions. Depuis, quelque chose est entaché, je ne peux plus me rendre aux Buttes sans penser à ce moment-là.
Voilà qui est d’une banalité extrême dans la vie d’une femme (d’une fille, d’une jeune fille, d’une jeune femme plus encore, bien sûr). Et voilà aussi qui est insupportable : cette sorte d’arrière-plan qui défile, depuis la grande jeunesse, ce film parallèle qu’on doit se faire, dans la tête, dès qu’on a envie de vivre quelque chose, obligeant à la vigilance, rendant complexe toute déambulation. Je pensais que tout ça était loin derrière moi, depuis le temps. Il semblerait que non — peu importe le prétexte pour lequel on est importunée, "drague" ou, ici, désir de parapluie. Il semblerait qu’on risque, toute la vie, quand on est une femme, d’être traitée comme un objet dès qu’on sort de chez soi.
Le livre que j’écris est, entre autres, l’histoire d’une petite fille qui traverse une ville en courant pour échapper au bruit, ce bruit qui l’empêche de dormir, de penser et d’apprendre. Chaque matin, depuis le début du mois, je traverse les Buttes pour mieux penser à elle. Cette petite fille, F, est une héroïne de conte, un être magique. À partir du moment où elle fugue, elle se met à grandir à toute vitesse : autant dire qu’on est loin du roman réaliste. Impossible, cependant, de ne pas faire apparaître, au moins une fois, un type qui s’approche quand elle n’a rien demandé.
J’ai cloué le bec du pénible en lui disant que j’écrivais un livre et que j’avais besoin d’y penser. Pris au dépourvu, il m’a demandé de quoi ça parlait. Je le lui ai dit. Comme, décidément, je ne donnais pas prise, il a fini par s’exclamer : "Alors, c’est moi, le bruit". Bien vu.
Maintenant, il faut l’oublier, l’effacer du parcours, et continuer à regarder le parc comme il doit être vu.
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Messages
1. C’est moi le bruit, 10 Juillet 2024, 07:50, par gilda
Il y aurait quelque chose à écrire, car sa lucidité finale donne matière à, sur la même séquence vue du point de vue de celui qui dérange, trouve normal de le faire, n’en a rien à foutre, mais peut peut-être commencer à comprendre si on lui explique longuement (ce qui est la dernière des choses que l’on a envie de faire dans ce type de situation).