Fenêtres Open Space

site d’Anne Savelli

Coquille vide, temps plein

dimanche 22 Novembre 2020, par Anne Savelli

Ces jours-ci, l’actualité est-elle moins prégnante ? Celle du covid, sans doute, puisque le curseur des libertés n’a officiellement pas bougé pour une fois, ni dans un sens ni dans un autre, tandis qu’il s’affolait du côté de la loi sur la sécurité globale. J’écris ces mots après avoir vu les images de l’esplanade du Trocadéro barricadée, fermée à la manifestation contre cette loi dont l’article 24 interdira aux journalistes de filmer les policiers, et donc leurs violences potentielles (voir ici la vidéo de Pierre Ménard : Fermer les yeux c’est renoncer). Une manifestation autorisée interdite sur le parvis des Droits de l’homme : autrement dit, les droits de l’homme exhibés comme une coquille vide (tandis qu’Amnesty international, dans la manif, prend la parole pour dire comment cet article l’empêchera de travailler), le symbole est à pleurer. C’est à se demander, une fois de plus, à quel degré de mépris, de détestation du peuple on se trouve. On en reste ébahi.es, comme les femmes de Soeur(s), le roman de Philippe Aigrain paru récemment — et c’est ainsi que j’en reviens à mon sujet unique du semainier, l’écriture — mais l’écriture n’englobe-t-elle pas tout ? C’est de le croire, d’en avoir l’illusion, qui me permet de continuer.

Une ébahie, c’est une femme qui dit « qu’il faut dire le désirable par des mots inouïs, n’avoir peur ni du silence ni des cris, revenir à tous les fondamentaux, dire qu’il n’y a pas d’étranger sur Terre et en même temps que chaque personne et chaque culture nous sont précieuses précisément parce qu’étrangères, que nous sommes étrangers à nous-mêmes, qu’ils nous faut être inconstants et fidèles, rigoureux et contradictoires parce qu’on ne peut pas décider de tout à l’avance et que de garder ouverte une question nous rend capables de survivre aux échecs et de ne pas s’endormir sur de fragiles victoires, qu’il faut défendre les droits de tout humain mais savoir que les humains ne sont qu’un sous-produit du grand tout du monde, que nous devons converser avec les plantes, les galaxies, les molécules et les animaux, que la valeur des choses ne réside que dans la place qu’elles occupent dans les esprits et les gestes de ceux qui les fabriquent, les utilisent et les apprécient, que nos corps, même, qui sont lieux de jouissance et de souffrance et qui confinent nos solitudes, sont aussi ce qui parle et touche les autres. »
(lisez ce livre, c’est un conseil !)

Je regarde les images, sans paroles, de ces manifestations où pour l’instant je ne peux pas me rendre (est-ce que je retrouverais un jour la force d’y retourner ? C’est une question que je me pose régulièrement). Je regarde, précisément, le reportage de Gaspard Glanz, de Taranis news, parce qu’il est, comme Rémy Buisine et d’autres journalistes indépendants, sans cesse visé par la police (effet Streisand, mes amis).

Sinon, que dire ? Je travaille sur ma présentation pour le colloque international de l’Université de Montréal, où je suis invitée, mais hélas virtuellement. Il s’intitule La route et ses bas-côté, Imaginaire des lieux autoroutiers liminaires et aura lieu les 10 et 11 décembre. Pour mon intervention, je reprends des passages de plusieurs de mes livres. Un seul se situe vraiment le long d’une autoroute, il se trouve dans Franck et voilà qui me renvoie à ce que je ressens, par moments, depuis le début de la pandémie : comme un arrière-goût de parloir, de prison (pour ceux qui n’ont pas lu le livre : j’y reviendrai certainement).

L’important, ces jours-ci, c’est d’avoir des choses à faire et les moyens de s’organiser. Il y a Nos îles numériques qui poursuivent leur chemin (le questionnaire 3, sur les objets d’aujourd’hui, est en ligne : on vous y attend) ; des ateliers avec une classe de 6e que je mène à distance sur la question de la fraternité/sororité, à partir d’un texte que j’ai écrit et qui s’intitule Songe à la douceur ; la publication de mon autoportrait sur ce site, après des mois d’attente, à le laisser de côté, parce qu’il dit des choses de moi que je n’indique jamais nulle part (avoir un enfant et des frères et sœurs, entre autres) ; le fait de retourner dans le passé sans névrose, simplement parce que l’avenir ne se dessine pas, pour l’instant (ainsi, pour "Nos îles", suis-je actuellement en l’an 2000-2001 à raconter ma vie en start-up, à retrouver ici et ) ; des expériences à mener, toujours, que ce soit avec cette classe de 6e ou grâce au hub des attentions partagées, proposition de la performeuse aérienne Chloé Moglia à la Maison des métallos qui va durer toute la semaine et à laquelle je me suis inscrite : nous allons être 20 à suivre ses consignes, jour après jour, pour "ralentir", proposition qui va évidemment dans le sens de "Nos îles".

Et Bruits ? Je m’enflamme dès que j’en parle mais je ne fais qu’en parler, comme si je ne lui trouvais pas de place. C’est qu’il n’a pas d’éditeur, sans doute que ça joue un peu. Cependant, suivre sa route, même sur le bas-côté, au moins n’est-ce pas stagner sur l’esplanade vide.

Galerie

Cliquez sur une photo pour avoir le diaporama

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.