Parution le 7/01/2026
14.00 x 19.00 cm
384 pages
ISBN : 978-2-330-21548-4
Prix indicatif : 23.50€
De retour du Japon
dimanche 8 Mars 2026, par
(Tokyo)
Rentrée lundi matin, très tôt, de Tokyo, je n’ai qu’une obsession : réussir à transformer ce séjour au Japon en un épisode de podcast qui me permette, non de le restituer, mais au moins de lui donner une forme. J’ai peur qu’ensuite tout se dilue, se perde. Je m’inquiète du découragement.
Lors d’un précédent voyage, en 2024, j’avais tenté de le faire mais sans y parvenir. Je n’avais pas su comment utiliser les enregistrements effectués, les notes prises. Le temps avait filé. Cette fois, j’aimerais parvenir à un résultat, si maigre soit-il. Se concentrer reste un peu délicat avec le décalage horaire, moins supportable qu’à l’aller. Dès l’après-midi, plusieurs jours de suite, je me retrouve dans un état de flottement, d’envie sourde de sombrer sans rien demander à personne.
(Tokyo)
Le jeudi, tout de même, j’arrive à monter ce 33e épisode. C’est périlleux, je suis obligée d’abandonner le dé-rushage des divers fichiers son pour ne pas m’embourber dans ce que j’ai récolté. Je croyais n’avoir rien en main (des soucis techniques m’ont obligée, sur place, à enregistrer moins que prévu, j’étais persuadée de m’être abominablement répétée, de n’avoir rien dit) et me voilà à devoir en enlever, tant et plus. Puisque je ne possédais presque rien de sonore, j’ai recensé tout ce qui pouvait servir, jusqu’au carnet rouge dans lequel je tiens un journal que jamais, au grand jamais, je ne montre à personne. J’ai retrouvé des bruitages de 2024 et on m’en a donnés. J’ai fait défiler les photos, réécrit un peu. J’ai ajouté le refrain d’une petite chanson qui doit avoir dans les vingt ans et qui me reste en tête, depuis... Bricolage minuscule qui aide à revenir en douceur, à s’approprier les traces du voyage mais aussi la vie à reprendre.
(Tokyo)
Vendredi. Fatigue, impression de redite ? C’est étrange, une fois le podcast terminé, je me rends compte que je n’ai pas envie de raconter ici ces douze jours à Tokyo, Kyoto, Osaka. Pas maintenant, pas tout de suite. Je n’ai pourtant rien fait d’autre de la semaine que d’y revenir sans arrêt, relisant mes carnets, réécoutant des bruits de trains, de trams, de rues, de salles de restaurants bondées.
(Tokyo)
Samedi Les nouvelles d’ici prennent le dessus et me permettent, paradoxalement, d’enfin savourer tout ce que je n’ai eu l’impression que de survoler lorsque j’ai arpenté des rues, visité des musées — comme celui, ci-dessus, qui restitue, au sein d’une bibliothèque publique, moderne, le bureau d’Akira Yoshimura, écrivain célébrissime au Japon, dont j’ai lu le roman Liberté conditionnelle pendant le voyage. Durant des jours, tout en regardant autour de moi, je me suis demandé si ce présent hors norme du voyage (même s’il ne s’agit que de faire la touriste) n’était pas déjà une forme de passé dont on espère faire son miel au retour. Peut-être. Il n’est déjà plus possible de le savoir.
(Kyoto)
Reste ce grand amour pour Tokyo, qui s’est confirmé. Ce plaisir immense de passer de la pure frénésie au calme absolu des ruelles. De prendre le café en regardant, à la vitre, passer un tram. De se rappeler les films d’Ozu et le Tokyo Ga de Wim Wenders, même si Wenders, à juste titre, est critiqué pour sa déclaration ("Nous devons rester en dehors de la politique.") à la biennale de Berlin. Alors que mon voyage ne cesse de me rappeler son cinéma des années 1970, la polémique, comme tout le reste, d’ailleurs, venu d’Europe, me percute. (Lire ici la réponse de Xavier Dolan.)
Car il n’y a pas de bulle, non. Il n’y a pas d’ailleurs absolument autre où tout oublier de sa vie. Avec la connexion, ce temps-là est fini, tout comme est terminé le fait de se perdre, de ne rien pouvoir lire d’une langue inconnue, d’attendre le retour pour faire développer ses photos, savoir à quoi elles ressembleront. En ce sens, le voyage rappelle le passé, fait surgir une mutation qu’autrement nous ne voyons plus, nous qui avons connu dans l’enfance et l’adolescence l’argentique, les cartes papier, les guides de conversation.
(Kyoto)
De retour, ce qui cristallise ce voyage, récompense après une année 2025 particulièrement rude (départ forcé du logement, déménagement, fin de Bruits), ce qui le rend palpable, précieux, c’est ce qu’il offre pour l’avenir, ce qu’il dit d’un avenir possible — que rien n’est fini, que tout (re)commence, qu’il sera possible de repartir et qu’en attendant on peut lire, écrire, rencontrer de nouvelles personnes, balader les gens dans sa propre ville.
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