Livre numérique écrit par L’aiR Nu
(Pierre Cohen-Hadria, Mathilde Roux, Anne Savelli, Joachim Séné)
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La vie miniature
dimanche 13 Septembre 2026, par
(Annette Messager au Musée de la chasse et de la nature)
J’ai toujours pensé que la vie matérielle, non seulement jouait sur les conditions de création, mais pouvait, par esprit de contrariété, désir de résistance ou de révolte quand rien ne semble possible, donner une forme aux oeuvres à naître. Rien ne m’intéresse plus que d’entendre (ou de lire) les témoignages d’artistes à ce sujet. J’aime qu’ils me racontent comment ils se débattent pour déjouer les coups du sort, trouver des stratégies, reprendre la main dans les moments de découragement, que ce soit par la discipline, le retrait ou l’audace.
Je suis forcée, ces jours-ci, pour des raisons de santé, alors que le monde s’agite (rentrée scolaire, littéraire, politique...) de restreindre temporairement mon champ d’action. (J’écris "temporairement" par volonté de circonscrire cette période, et c’est déjà un premier acte.) Ces derniers jours, j’ai abandonné le club de lecture et le ki-aïkido. Je renonce maintenant à me rendre à une soirée littéraire, à une marche à laquelle j’aurais aimé participer, etc. Tout cela se situe, pour l’instant, hors de ma portée. Je n’y peux rien.
Que faire quand on n’a pas de pouvoir sur la situation ? C’était le sujet de Bruits. Chaque personnage, enfermé (dans le bruit qui le traverse, la douleur, la maladie, la pauvreté, un métier qu’il ne supporte pas, une situation sociale dévalorisante...), cherche une solution. Certain·es fuient le monde, d’autres l’écoutent. Certain·es se créent un avatar, d’autres renâclent, bifurquent, finissent par se regrouper. Personne ne se dit : C’est comme ça, au-delà de moi, j’abandonne.
(Notre "bulle d’air" proposée dans la newsletter de la Maison de la poésie)
En ce moment, pour Beaubourg fantôme dont la première aura lieu le 26 septembre, je lis un livre d’entretiens avec Christian Boltanski. Son exposition au centre Georges Pompidou, Faire son temps, en 2019-2020, m’a beaucoup marquée. J’étais alors, déjà, dans une phase d’impossibilité physique. Sortir me demandait un effort énorme. Parce que je me trouvais confinée (ce que le monde entier n’allait pas tarder à partager avec moi), ce qui venait de l’extérieur résonnait extraordinairement. Je pense que cette rétrospective m’aurait marquée de toute façon, mais il est possible que la "rencontre" avec ce qui était exposé soit parvenue au moment où l’écho, en moi, était le plus grand.
J’ai eu le sentiment de vivre à nouveau cela cette semaine en parcourant quelques minutes les rues de mon quartier par grand vent. Deux longs stores claquaient aux fenêtres d’un dernier étage de la rue des Envierges ; un panneau de restaurant risquait à tout moment de se décrocher ; de petites feuilles jaunes, tombées à terre, frémissaient à l’entrée du parc de Belleville. La musique produite par le tourbillonnement, le mouvement, les couleurs, tout m’a semblé offert : un cadeau.
Boltanski parle de la "vie miniature" qu’on se construit lorsqu’il n’est pas possible de se confronter au monde extérieur. Il l’a beaucoup expérimentée dans sa jeunesse et cela, dit-il en substance, a en partie produit l’artiste qu’il est devenu. Il a commencé par jouer frénétiquement aux petits soldats, peindre énormément, fabriquer des centaines de boules de terre dont il sentait, savait qu’elles constituaient une oeuvre — l’idée de l’oeuvre étant, pour lui, supérieure à l’objet lui-même, ce qui est encore une autre question. Qui dit miniaturisation peut également dire prolifération, et voilà qui me rassure, en quelque sorte.
Depuis des années, mon entourage trouve que je travaille beaucoup. Cela n’a pas d’incidence matérielle : ni le temps passé, ni la tâche accomplie ne sont en rapport avec l’argent effectivement gagné, ce qui m’empêche de le mesurer. Est-ce que quelque chose va changer ? Est-ce que je ne vais plus y parvenir et, dans ce cas, devenir invisible ? (Ce qui menace F, mon personnage, au début du livre.)
En ce jour, découvrir que Christian Boltanski, qui a voyagé et travaillé ensuite dans le monde entier, expose sans fausse honte, dans un livre, ses limites, ses ratages, ses incapacités (Jeune, il était illettré, par exemple.) me donne une sorte d’élan.
(En dernier ressort, ce "repaire du libraire", trouvé dans le magazine 100 idées de décembre 1975, lui-même déniché dans la boîte aux livres la semaine dernière et dont je gardais le souvenir, enfant, lors de sa parution.)
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Messages
1. La vie miniature, 13 Septembre, 11:03, par Gilda
J’espère que passé un temps de retrait, ça ira, que le repos te reposera.
Coincée tant que physiquement ça tient, de l’autre côté du spectre, une sur-activité subie, je me rends compte que je n’ai même pas capté qu’il y avait eu cette semaine à Paris un jour de grand vent.
À dans pas trop longtemps, j’espère.