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Poser les bases

dimanche 11 Décembre 2022, par Anne Savelli

Commençons par se faire plaisir : voici mon livre arrivé sans moi jusqu’à Montréal dans les mains de mon frère, qui m’a fait la (semi-)surprise de le photographier un peu partout.

J’ai d’autant moins de raisons de me priver de cette joie que la seule fois où j’ai été invitée à l’étranger pour parler de mes livres, c’était à Montréal justement, et que je n’ai pu m’y rendre à cause du Covid.

Alors, allons-y franchement, sans complexe, et ajoutons même cette photo prise avec le chat Harry :

Voilà. Nous sommes dans la rue Drolet sur le plateau du mont Royal, puis au sommet de ce mont. Nous sommes accueillis, baladés, après avoir été longuement attendus.

Ces photos me procurent une satisfaction particulière, qui se renouvelle chaque fois que je les regarde. Bien sûr, à travers elles, il y a la question du cadeau, du moment consacré à les prendre pour me faire plaisir (grand merci à mon frère, donc). Il y a les façades colorées que j’aimerais, un jour, voir de mes yeux, mariées à la belle couverture de Rémi Pépin — dont on continue à me parler. Il y a encore la sensation, à regarder la ville de haut, de respirer. Peut-être ce sentiment vient-il également d’autre chose : ces images ne sont pas éloignées du "rêve d’écriture", de la vie d’écrivain fantasmée que j’avais dans l’enfance et qui, certainement, me traverse encore, alors que j’en connais la réalité.

Ce que j’aime, dans l’écriture comme dans la publication, j’en ai parlé cent fois, c’est l’idée qu’elles nous autorisent à ouvrir des portes, à franchir des seuils ; à croiser des mondes différents du nôtre, mais également différents entre eux ; à être invité.es à le faire mais avant tout, ne nous faisons pas d’illusions, à en être les propulseurs.

Car personne ne nous attend, il faut toujours l’avoir en tête. Bien sûr, si j’avais reçu l’un des prix pour lesquels mon livre a été sélectionné cet automne, j’aurais sans doute eu droit à des propositions qui, de fait, ne viendront pas. J’aurais peut-être découvert de nouvelles villes, de nouveaux visages. Et donc ? Donc, rien. Je ne pense pas à cette vie potentielle. Je tente plutôt de repérer les occasions qui se présentent dans la mienne.

C’est ainsi que je me retrouve à animer des ateliers d’écriture dans un lycée professionnel du 19e arrondissement situé juste en face du lieu que je décris au début de Cowboy Junkies, lycée dont je n’avais jusqu’ici pas même regardé la façade. Une balade précédente l’a relié à la rue Delphine Seyrig, située de l’autre côté du périph.

(Séverine Danflous, la traductrice Clara et Andrew Dominik chez Potemkine)

C’est ainsi, également (faisons le grand écart), que je vais écouter Andrew Dominik parler de son travail dans une librairie de cinéma qui se trouve, à pied, à un quart d’heure de chez moi — l’écart avec le lycée pro est, à l’évidence, moins géographique que social. Dominik n’évoque pas ce film-là, plateforme Netflix oblige — c’est en tout cas la raison qui en est donnée : nous sommes dans un lieu qui vend des dvd et des livres — mais raconte avec une modestie qui ne semble pas feinte comment son amitié avec Brad Pitt lui permet de monter ses projets. Dans ce petit espace, le réalisateur de Blonde est devant moi, à quelques centimètres, et ce que je vois, c’est un homme de mon âge qui tente de faire ce qu’il aime avec des gens qu’il apprécie. Bien sûr, quand l’un de ces amis se nomme Brad Pitt et l’autre, Nick Cave, toute une mythologie fantasmatique déboule. Et pourtant, en ce qui me concerne, ce n’est pas vraiment ce qui se produit : sachant comment on fait pour créer quelque chose, à quel point il faut se battre, je n’attends de la rencontre avec Dominik ni rêve ni révélation. J’ai juste l’impression de comprendre ce qu’il dit.

Ensuite, je ne vais pas lui parler, ne me présente pas — pourquoi faire ? Ce n’est pas dans mon caractère et, si je rate sans doute des choses, à ne jamais me "placer" ici ou là, je ne le regrette pas. Bref, je pars amusée d’avoir tenté cette expérience : Hollywood près de chez soi. Autrement, nul bouleversement : le souvenir que je garderais de cette soirée, en dehors de notes que j’ai prises, c’est ce que je viens de raconter.

Pas de révélation, non plus (pour l’instant du moins), lorsque je me rends à la rétrospective Marilyn Monroe de la cinémathèque : je suis en terrain connu, archi connu et balisé. C’est agréable et confortable (alors que la flemme est grande de sortir dans le froid pour se rendre à Bercy !) et, là encore, je saisis l’occasion qui vient. Mais au fond je n’apprends pas grand chose.

Alors, où est le neuf ? Pas encore dans la suite de Bruits, car j’en suis toujours aux enregistrements dont j’ai parlé il y a deux semaines (je dois en être à quelque chose comme 120 fichiers son...). Pas encore non plus dans le Patreon évoqué dans le treizième épisode de Lire le bruit. Mais tout est en germe : quand quelque chose me préoccupe (les ateliers avec le lycée pro ne seront sans doute pas faciles à mener), je m’aperçois que je prends des notes sur le même sujet dans plusieurs carnets : celui de Bruits, celui du Patreon, celui des Delphines, celui des ateliers. Pour l’instant, voilà qui paraît plus aride que cette petite vie post-Covid que je me plais à raconter ici (les sorties, les balades...). L’écriture, à proprement parler, n’avance pas. Mais tout progresse quand même, j’en suis sûre. Poser les bases et continuer à se faire confiance même quand on se sent seul.e et dans le doute (Bruits, si je cherchais à devenir raisonnable, je ne l’écrirais jamais !), c’est, du reste, de cela dont je parlerai en détail dans le podcast sur Patreon que je veux lancer l’an prochain. Tout me sert, en ce moment, tout me paraît utile, justement grâce à ce projet.

En attendant, si vous n’êtes pas lassés de m’écouter parler d’une certaine blonde, voici la vidéo de la soirée animée par Sébastien Rongier à la Maison de la poésie, consacrée à Musée Marilyn :

À très bientôt, ici et ailleurs !

Galerie

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