Livre numérique écrit par L’aiR Nu
(Pierre Cohen-Hadria, Mathilde Roux, Anne Savelli, Joachim Séné)
téléchargeable gratuitement
et site web
Un mystère, des chantiers, une forme de résistance
dimanche 10 Mai 2026, par
(L’une des pages de l’un des journaux dessinés de Delphine Bretesché)
Il m’est arrivé un drôle de truc, lorsque j’étais à Nantes. Un matin, je me suis retrouvée seule dans la maison de Delphine Bretesché — c’était prévu. J’avais apporté, outre un carnet, mon enregistreur Zoom, non pour capter des bruits ou tourner de quoi constituer un épisode de podcast mais, très simplement, pour prendre quelques notes vocales.
Certes, je m’étais précédemment servie de la carte SD de mon Zoom pour une "bulle d’air" de Par-là Paris et un podcast à venir, mais pas démesurément, tout de même. J’aurais dû pouvoir l’utiliser durant plusieurs heures, encore. Or, quand j’ai voulu appuyer sur Play après un premier mémo d’une minute, l’écran a affiché : carte pleine.
Carte pleine ?
Carte pleine. Rien à faire. Sur le moment, je me suis sentie démunie.
Face à moi, un grand portrait de Delphine. J’ai pensé : Delphine, tu es en train de me dire quelque chose, là ?
Au bout de quelques instants, sans me laisser démonter, laissant de côté le Zoom j’ai poursuivi ma prise de notes au smartphone. Rien n’était altéré, brisé, perdu, rien n’était brusquement devenu impossible. Mais tout de même, quel était ce mystère ?
Ce mardi, j’ai honoré un rendez-vous important pour le podcast. J’ai mené un entretien que je voulais conduire depuis plusieurs mois. La veille, pour être sûre de ne pas voir se répéter le problème, j’ai acheté une nouvelle carte SD. Vérification faite, comme la précédente, elle dispose de 50 heures d’autonomie.
Au moment où j’écris, j’insère la carte "nantaise" dans mon ordinateur. Je veux vérifier quelque chose. Je l’ai, depuis, nettoyée d’une partie de ses fichiers, mais il en reste encore, dont un qui dure une bonne heure. Si vraiment elle avait été pleine, à Nantes, elle le serait encore à moitié. Or, l’ordi m’apprend qu’elle est quasiment vide — ce qui est logique, si on se rappelle qu’elle peut enregistrer cinquante heures de son. Mon fichier d’une heure ne prend qu’un cinquantième de place. Alors ? À nouveau, quel a été ce mystère, dans la maison de Delphine ? Pourquoi ce bon vieux Zoom, dont je me sers depuis les années 2010, m’a-t-il fait ce coup, totalement inédit ? Je n’ai pas verrouillé la carte en effectuant un faux mouvement, pas modifié les préférences...
On ne le saura pas.
Je dispose cependant, maintenant, de presque 100 heures d’enregistrement devant moi, ce qui est fort appréciable — merci Delphine, aurais-je envie de dire !
Jeudi Comme je le supposais depuis un moment, le bâtiment ci-dessus va être détruit pour faire place à un immeuble. J’ai pris cette photo ce matin, assez tôt, après avoir vu les rubans délimitant le chantier. Je vais peut-être documenter ce chantier, m’inspirant de Pierre Ménard qui l’a fait, dans les grandes largeurs, pour son "journal du Combat". Ce matin, au retour, des ouvriers découpaient les toits à la tronçonneuse. Cet endroit n’est pas tout à fait anodin, dans mon parcours. Je prends des notes pour une nouvelle idée de livre (encore !) ou, du moins, de projet d’écriture.
Vendredi Ca semble bouger, dans le monde des autrices et auteurs, après l’affaire Grasset. Des pétitions circulent sur nos contrats, notre statut on ne peut plus précaire. Notre manque de pouvoir sur notre propre vie est enfin un sujet de discussion, après l’inévitable passage par la caricature, le trait grossi.
Depuis le début, je me dis que j’aurais, cependant, vraiment l’impression que quelque chose aura bougé le jour où cette vague réussira à atteindre ce que nous faisons, avec L’aiR Nu. Le jour où nous serons écoutés, encouragés, contactés par le milieu traditionnel du livre, où l’on s’intéressera à la façon particulière que nous avons de faire connaître la littérature contemporaine : par notre site, par la marche, par la lecture en pleine rue ou sur scène, par l’animation d’ateliers, par le son, par le code, par l’image... Je doute que cela arrive mais je continue à croire à notre écosystème, d’autant plus fortement que l’avenir s’assombrit. C’est une forme de résistance qui passe complètement sous les radars. Cela ne l’empêche pas d’exister.
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